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Comme un disque qui raye d'avoir été trop écouté - Fûu (Complete~)

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MessageSujet: Comme un disque qui raye d'avoir été trop écouté - Fûu (Complete~) Mar 21 Juin - 8:27

۩ FÛU KOSHI ۩




© img: unknown '-' / va: Yukiche
"Le silence crie à mes oreilles..."
Fûu Aizu - Lycée Daiki

Fiche d'identité

Né(e) : 18.06
Age : 23 ans
Sexe : féminin
Nationalité : espagnole
Groupe voulu : 2nd Class
Arme : Fouet à épines
Situation amoureuse : Pas brillante
Surnoms : Aucun auquel elle soit disposée à répondre
Chanson thème : People are strange - The Doors

A quand l'arrivée de l'aurore?


Fut un temps où elle était renfermée, écrasée, robotique. Mais Fûu, on la connait surtout à son apogée: la joueuse, la joyeuse. Celle qui prenait son oncle pour un complice d'échappées nocturnes et la musique pour sa mère et sa plus tendre maîtresse. Celle qui avait pris l'habitude de courir les bars et les soirées, courtiser les princesses sur un air de guitare, sans laquelle il était exceptionnel de ne pas la voir, d'ailleurs. Celle qui abordait le moindre inconnu comme un ami. Celle qui avait toujours une chanson en tête, qui faisait se tourner les têtes des passants lorsque le besoin de la faire sortir était trop grand, et que ses fredonnements gagnaient en intensité sonore. Celle qui montait sur la scène dès qu'elle avait le malheur d'en trouver une vide en se promettant, de n'en redescendre qu'en tombant d'épuisement, et qui distribuait les notes et les rires en cadeau.

Et maintenant? Maintenant, ça fait bien longtemps qu'elle en est redescendue, de l'apogée... Fûu, ce n'est plus le soleil à la surprenante chevelure verte, c'est le sombre fantôme à l'aura de fauve qu'on croise dans la foule sans la voir, mais pris d'un imperceptible frisson. Même ses yeux aux reflets dorés n'illuminent plus grand chose. C'est celle qui s'applique à être discrète, bien que les rumeurs qu'elle entend parfois murmurer à son sujet sans que personne ne la connaisse vraiment lui tirent un vestige de sourire, celle qui ne va pas vers les autres et qui est prête à sortir ses griffes lorsqu'on ose l'aborder, sur le qui-vive. Qui occasionnellement se montre plus détendue avec ceux qu'elle voit comme ses semblables, mais sans jamais s'ouvrir de trop.

Mais malgré ses attitudes distantes et méfiantes de proie traquée, Fûu est quelqu'un de très calme à l'intérieur d'elle-même. Le plus grand péril ne saurait l'affoler outre mesure, et si elle paraît souvent tendue à l'extrême, aucune forme paranoïa ne vient altérer ses pensées. Il est même parfois possible de la surprendre à laisser son corps se détendre, affalée dans un fauteuil ou allongée dans un coin. En fait, elle est tout sauf une proie; c'est juste un air que lui prêtent ceux qui croient pouvoir l'accoster ou l'attaquer impunément. Fûu, c'est un chasseur du clan des chasseurs, ou plutôt non; un arc toujours bandé dont la flèche partirait à la moindre occasion qui lui est offerte. Pas un traqueur, elle est trop désinvolte pour ça. Peut-être une espèce inconnue de loup-garou qu'on approche en y voyant une simple jeune femme -étrange et pas très engageante, mais une jeune femme quand même-, et par laquelle on finit englouti, changé en démon par l'ombre d'une ruelle ou les ténèbres d'une salle désertique.

Et heureusement que telles sont ses dispositions, sans quoi la demoiselle n'aurait pas autant de gibier à sa disposition qu'elle en voudrait. Effectivement, si la fin de sa période musicale voyait déjà apparaître ses pulsions meurtrières, elle en était encore à l'état de petit diablotin surexcité, qui tirait plutôt ses sourires que des grimaces de terreur à ses ennemis. Mais sa déchéance avait fait se déchaîner ce démon puéril, qui depuis a bien grandi et se manifeste de façon spectaculaire: les scènes de crime qu'il laisse derrière lui on souvent tendance à s'inspirer de la boucherie.

Néanmoins, qu'il s'agisse d'horreurs ou de sa BA du mois, qu'elle ait l'air tendu à l'extrême ou au contraire totalement blasée et déconnectée, Fûu est, a toujours été une joueuse. Qui agit parce qu'elle est certaine d'y trouver un amusement, qui trouve à sourire -intérieurement- parfois d'insignifiants détails. Une parieuse, qui met sa vie en jeu à n'importe quelle table, avec n'importes quelles cartes. La peur ne l'a jamais désertée: elle lui creuse le ventre de nervosité, lui fait tourner la tête des pires scenarii qui y défilent, mais ne la paralyse pas. Un bref rire, un haussement d'épaule, un soupir. Et tout ça est assimilé à un simple trac bienfaiteur, un stimulant. Et elle se jette de la falaise, toujours.

Son regard est sans éclat, constatait-on plus haut. En fait... Pas tout à fait. Dans ces moments où l'on lui donne à voir sa prochaine cible, à s'imaginer les blessures qui parcourront son corps et le sang qui en sortira, on ne pourrait pas voir plus brillant. Une lueur malsaine, avide et affamée. Tout comme celle qu'il possède en parcourant les courbes chaudes d'un corps entre les mains de sa propriétaire, teintée d'un désir plus fort encore. Car Fûu courtise toujours ses princesses lorsqu'elle ne se lave pas les mains sous une eau écarlate. Seulement elle ne sait plus les aimer. Juste les dévorer, au hasard, n'élisant plus la délicate dauphine, mais l'impératrice exigeante ou la manante aux membres noueux qui voudra bien croiser sa route non plus sinueuse, mais circulaire. Elle s'en échappe parfois lorsque, fidèle à d'antiques réflexes, elle saute sur la chance de pouvoir se mettre une nouveauté sous la dent, une expérience où l'inconnu la fascinera, un instant, avant de l'abandonner et de briser le charme, de la laisser retourner à ses pulsions premières.

Cependant, qu'on se le dise: tout en elle n'est pas encore totalement passé sous la coupe des ténèbres dans lesquels elle s'est baignée trop imprudemment pour ne pas s'y noyer. Non, parce que si elle est bien loin de son zénith, son crépuscule est mort depuis assez longtemps pour qu'elle puisse espérer entrevoir des bribes d'aurore. Elle avait lâché sa fidèle guitare? Soit, elle irait la reprendre, en kidnapper une autre si la dernière ne voulait vraiment plus la revoir, et attendrait l'occasion de s'excuser auprès de sa chère et tendre mère. Rechuter dans la musique, retrouver le bout de ce cordon ombilical incassable, même si cela lui était encore impossible, elle avait malgré elle, sans en avoir plus conscience que ça, mis toutes les chances de son côté pour que le déclic ait lieu.

Et si l'on est trop prudent pour se baser sur d'hypothétiques signes, il n'y a qu'à voir la réalité: tout le portrait de Fûu dépeint jusqu'ici n'était pas très glorieux, simplement parce qu'il ne la montrait qu'avec un environnement dans lequel elle ne se reconnaissait pas. Y compris durant sa "période haute", si elle accordait bien plus facilement sa confiance, on pouvait la fréquenter des années sans qu'elle ne nous traite autrement que comme de simples connaissances. Son cercle d'amis, les vrais, membres reconnus de sa meute, en revanche, désignés sur l'acte, la rencontre, le souvenir partagé particulier qui fait qu'ils y sont entrés, ne trouvent pas de limite à l'amour de la jeune femme. La rude sélection n'admettant que quelques élus, dont le nombre est aujourd'hui en constante baisse, les met par contre en position de laisser se déverser sur eux toute l'affection de Fûu, celle qu'elle n'accorde pas aux autres.
L'autre extrême, celui de la haine, est d'ailleurs parfaitement symétrique à son opposé: bien qu'elle puisse se montrer très agressive avec n'importe qui ou distribuer la mort au premier venu, il est très difficile d'entrer dans sa liste noire. Seulement, arrivé là-dedans, seule l'éradication pure et simple permettrait d'en sortir.


Belle histoire, histoire ancienne. Révolue.


"La longueur de votre message dépasse la limite autorisée." me dit-il O.O

...Bon bah, nouveau post.

...Mais c'est quand même pas si long, si? °°'
(si, c'est long. Mais bon...)


Train Station ▼ A bord du Cinderella


Fûu? Sur le Cinderella? Pourquoi?

Eh! Mais pour quelle autre raison diable voulez-vous qu'elle y soit?

L'adrénaline, le meurtre, le sang.

De préférence celui des 1st Class, puisqu'il s'agit des cibles prioritaires du commun des mortels, les vrais humains quoi. Encore que, s'il lui arrivait de le formuler comme ça, la tueuse ponctuerait sa phrase d'un rire ironique. Les "vrais humains"? S'il y en a peut-être parmi les 2nd Class, ou à bord de ce train, fatalement elle en serait exclue. Elle a tout été: robot, musicienne, monstre... Mais pas humaine. Elle ne haït personne en particulier, ou plutôt haït trop particulièrement pour projeter ses sombres visions uniquement sur les bestioles, comme elle les appelle communément. Ils représentent pour elle des occasions plus fréquentes et plus évidentes, simplement.

Du coup, si elle ne diffère pas de la plupart des membres de son groupe -qu'elle ne fréquente pas plus que ça, soit dit en passant, à quelques exceptions près-, par ses "performances" en matière d'éradication des 1st Class, ses motivations dépassent la haine ou la recherche de profit. La plupart du temps elle se désintéresse absolument des cadavres une fois en pièces, ne cherchant pas à revendiquer son crime, ni à exploiter ce qu'il reste de ses victimes. Leur mort et l'instant de déchaînement intense qu'elles lui auront permis de connaître lui suffisent. Et elle s'arrange à côté pour vivre sur le dos des vivants.

Autre attitude notoire, qui la positionne bien différemment de ses actes au sein du conflit, ses réflexions. Si l'on devait les placer dans une case, elles seraient neutres. D'accord, elle considère tout 1st Class comme une cible, et a tôt fait de le faucher, pour peu que le lieu et le moment s'y prêtent particulièrement, mais si l'un d'eux -miracle, ô grand mirâââââcle!- se débrouillait pour l'approcher de suffisamment près sans y laisser sa tête, elle le traiterait comme n'importe qui. Inversement, rien ne l'a jamais empêché de tuer des humains tout ce qu'il y a de plus normal -un peu infréquentables, certes, mais des humains tout de même-, et peu de temps déjà après qu'elle ait embarqué sur le train quelques rumeurs -une fois n'est pas coutumes, rumeurs on ne peut plus vraies- soupçonnaient l'un des passagers de ne pas chercher à faire la différence entre ennemis déclarés et "alliés".

Animée par aucun des préjugés que chacun des partis peut avoir sur l'autre, lorsqu'on lui demande des comptes à ce sujet-là, c'est un haussement d'épaule, une bouffée de fumée et un "Rien à faire, j'suis juste comme ça" qui répondent. Et elle ne croit pas si bien dire: pour qui serait apte à entrer en elle et analyser sa personne dans son ensemble, cette attitude paraîtrait comme un vestige -encore un!- de la défunte Fûu, la musicienne en cours de résurrection (?)

En parlant de cette dernière, d'ailleurs, quelques autres trouvailles que la demoiselle pourrait faire à bord...?

Une princesse, une mère, elle-même.

Bon, la princesse, ça, on peut dire qu'elle pourrait en trouver n'importe où, elle n'a jamais demandé la lune à ses maîtresses. Juste de ne pas se risquer à connaître plus que son nom si elles ne se sentaient pas particulièrement attirée par le danger. De lui pardonner la violence dont elle peut faire preuve, autant en dévorant leurs corps qu'en effleurant leurs âmes, aussi, et de lui promettre par quelque signe qu'elles ne se briseraient pas dans ses étreintes. Ses mauvais débuts dans les quelques tentatives de vie stable -sentimentalement du moins- la rebutent un peu quant à ramener plusieurs fois la même "princesse" dans sa cabine, mais elle se sent capable de regarder l'idée en face un jour, pour peu qu'elle tombe sur quelqu'un qui la lui inspire...

Une mère, et la soeur qu'elle trimballe sur son dos. Lorsqu'elle est montée à bord, cela faisait cinq ans que Fûu n'avait pas touché un instrument de musique. A présent, ça doit en faire pas loin de six. Pourtant, juste avant d'embarquer, elle avait pris la peine de kidnapper une guitare -la sienne, restée au Japon s'étant volatilisée en son absence-. Elle ne l'avait pas sortie de sa housse, et la laissait de côté la plupart du temps, mais posait quelquefois des regards vides sur ses formes à travers l'épais tissu, l'air de songer à franchir le pas... Et puis, non, elle s'en retournait à des considérations plus triviales et matérielles, l'univers sonore où régnait sa mère Musique gardant ses grilles muettes et fermées devant elle. Et elle n'en avait pas encore trouvé la clé en elle.


L'ombre qui se souvenait d'avoir été soleil

Couleur des yeux : Marron lumineux aux reflets dorés... Bien qu'il ne s'agisse que de leur couleur, et non de la lueur qui les habite.
Couleur des cheveux : Revenue à leur couleur naturelle: châtain, brune.
Taille : Grande et élancée, aux alentours de 1m75
Poids : 51kg
Style vestimentaire : Discret, sombre en général, aux teintes neutres. Sa garde robe est simple: pantalons, tee-shirts, quelques paires de manches -la demoiselle n'a pas froid facilement- et chemises, qu'elle porte assez large; elle aime flotter dans ses tenues, ce qui lui donne le plus souvent un air débraillé au possible et en tout cas pas très soigné. On y trouve aussi pas mal de grands kimonos, qu'elle porte de la même manière, quoi qu'elle y fasse un peu plus attention qu'au reste. Aussi, vestiges d'anciens styles, c'est une fétichiste des accessoires, et il reste encore quelques sarhouels et savates dans le fond de ses bagages~
Dangereux complice...

Arme: Fouet à épines
Quoi qu'est-ce ? Ce fouet, au manche plus long et aux solides lanières de cuir marron -oh! sont-ce des reflets rougeoyants que j'entrevois entre deux claquements intimidants?- s'est vu renforcé par les épines meurtrières qui y sont incrustées. Discrètes, d'environ 1cm chacune -et un peu plus courtes à l'extrémité de l'arme-, elles n'en sont pas moins dangereuses et... Pimenteront quelque peu les coups de la demoiselle~
Côté esthétique, Fûu s'est adonnée sur cette arme à sa grande passion des ficelles en tout genre, en agrémentant la garde et au bout desquelles parfois tinte un grelot. Sur le bout du manche sont aussi gravés quelques symboles et petits dessins en tous genre, un vrai joujou d'adolescente quoi!
Maitrise : ...C'est là le hic. Même si on a déjà pu lui expliquer le maniement capricieux de ces jouets-là, Fûu n'a que quelques jours de maîtrise derrière elle. Elle arrive assez à porter des coups, mais est encore un peu bancale lorsqu'il s'agit de véritable combat. Néanmoins, elle a déjà réussi à se débarrasser de cette manie du débutant de se toucher soi-même plutôt que la cible.





Dernière édition par Fûu Koshi le Lun 12 Sep - 18:26, édité 3 fois
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MessageSujet: Re: Comme un disque qui raye d'avoir été trop écouté - Fûu (Complete~) Ven 1 Juil - 8:36

Hello ! Bienvenue parmi nous !

Ta fiche avance ? n_n
Sinon les modos ne peuvent pas trop se connecter en ce moment, ni les admins, alors désolé de l'attente pour les propositions d'armes ^^'

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Je suis fan de tout ça ! o/

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MessageSujet: Re: Comme un disque qui raye d'avoir été trop écouté - Fûu (Complete~) Mer 20 Juil - 1:49

*passe en coup de vent entre une nuit blanche et un pic-nic .__.*

Ow! J'avais pas vu ce message! O.O

Ma fiche est finie, à l'exception d'un dernier passage de l'histoire qui introduit l'arme de la miss, j'attends du coup avant de publier~

Sinon, étant donné qu'elle est absolument in-ter-mi-na-bleuh, que le fo' est ralenti, Kiwi débordé et que je suis censée être absente, c'est pas pressé, je peux attendre cat

NB: aux admines quand elles reviendront, il me semble que les crédits dus à la création du DC n'ont pas été débités °° Et il en faudrait peu pour que j'oublie, so...
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MessageSujet: Re: Comme un disque qui raye d'avoir été trop écouté - Fûu (Complete~) Sam 10 Sep - 15:27

Bonsoir, AMYYY !

Vraiment désolé pour le retard, voilà les armes que je te propose :

- Fouet à épines.
- Bracelet odorant soporifique.
- Rayon de glace.

J'ignore si j'ai bien cerné ton caractère, c'est la première fois que je propose des armes. x.x"

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MessageSujet: Re: Comme un disque qui raye d'avoir été trop écouté - Fûu (Complete~) Lun 12 Sep - 15:54

Eh bien mon p'tit Matty, ça a beau être ta première fois en la matière (huhu, j'ai donc l'honneur de te dépuceler? /PAN/), il n'empêche que j'ai trouvé mon bonheur dans tes propositions~

Ca sera donc le fouet à épines pour la d'moiselle. Et je peux te dire qu'elle a hâte de s'amuser avec! (a)

Sur ce, je m'en vais compléter son histoire et poster tout ça~
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MessageSujet: Re: Comme un disque qui raye d'avoir été trop écouté - Fûu (Complete~) Lun 12 Sep - 18:25

Double post, mais ça s'impose.

Vraiment désoléééée d'avoir à faire ça, ça fait pas joli pour une fiche, mais le fo' trouve mon histoire trop longue .__. So~

Belle histoire, histoire ancienne. Révolue.


C'est la première et sans doute dernière fois que vous entendrez cette histoire. Nul ne la connaît tant que ça; on ne la sait que par morceaux. Ceux dont on partage le souvenir avec elle. A qui veut en découvrir plus la tâche n'est pas impossible, il suffit juste d'aimer voyager pour aller interroger les quelques témoins encore en vie et ainsi reconstituer le puzzle. Et bien sûr s'arranger pour le faire à son insu, si l'on tient à garder la tête sur ses épaules. Puisque Fûu parle peu d'elle-même, et n'aime pas qu'on parle d'elle. Enfin, pas de son passé. Déjà avant elle évitait de trop se livrer, cachant la forêt de sombres souvenirs derrière un sous-bois de légères anecdotes, où il fait meilleur de se promener.
Aujourd'hui elle ne dit plus rien.

Mais nous, tous-puissants spectateurs de sa vie, faisons comme si nous avions été là à chaque pas. A chaque chute. Dans ses actes, dans ses pensées, dans ses plaies; patchwork d'omniscience...

18 juin, quelque part au-dessus des nuages, entre Tokyo et Séville.

Dès le début, c'était plutôt un cas particulier des plus inattendus, Fûu. Inattendue en tant qu'étrangeté, mais en tout cas certainement pas inattendu par ses parents... Qui pourtant furent frappée de l'idée, quelques semaines avant la naissance, de se défaire des racines si profondément ancrées dans le sol andalou qui leur collait aux pieds. Dans ce trou perdu et sous-peuplé au possible où ils étaient enterrés depuis leur premier cri, et où leur fille refusa apparemment de les imiter, puisqu'elle s'empressa de faire son affaire -à savoir: venir au monde- dans l'avion du retour.
C'est ainsi que son premier berceau fut formé de quelques plaids froissés, des bras chauds d'une hôtesse, d'un plafond de regards curieux, et fut sans doute le plus haut berceau du monde.

Mais ne nous arrêtons pas en si bon chemin, et rajoutons-en encore à l'irresponsabilité de ses parents -qui ne cesseront d'ailleurs pas d'en faire preuve avant un bon moment! - en précisant que son prénom, des plus singuliers, pour une espagnole, ne pouvait évidemment pas être de leur fait: ils n'avaient à vrai dire pas tellement abordé la question, et l'idée qu'il faille appeler cet enfant qu'ils avaient attendu ces derniers mois ne les avait que vaguement effleurés.

Fûu. Finalement, ça avait du être l'hôtesse-berceau qui s'en était chargée -regardait-elle le temps qu'il faisait à travers le hublot à ce moment-là, en manque d'inspiration? La tête de l'employé de l'Etat Civil devait en tout cas avoir valu le détour, quand il avait fallu épeler tout ça...
Tout ça pour dire, au final, qu'en la voyant arriver parmi les "siens" hors du ventre de sa mère, dont elle était sortie de façon assez originale -et miraculeusement sans problèmes!-, et affublée d'un prénom étranger en prime, la petite fit sensation au village. En même temps qu'elle provoqua la création d'un certain nombre de ragots et de préjugés sur sa personne, sortis de nulle part, mais qui finiraient par la mettre plus que mal à l'aise sous leurs regards, par la suite.

Enfin, pour le moment, il n'était question de rien de tout ça: la très espagnole Fûu voyait à peine le jour, que ça promettait de déménager!

13 ans plus tard...


De déménager, ou peut-être pas. Ou en tout cas, il lui avait fallu attendre un moment avant que la machine se mette en route. Que la machine, justement, qu'elle était, laisse un peu surchauffer ses circuits, et explose.
Elle n'en était d'ailleurs plus très loin, là. Peut-être même cela avait-il déjà commencé...


Il ne lui avait pas fallu beaucoup réfléchir, à la demoiselle, pour ouvrir cette porte et prendre la poudre d'escampette. Pour une fois. Là où d'ordinaire elle se renfermait sur elle-même, hermétique, immobile, elle avait cette fois-ci cédé à l'appel du vent et du mouvement, de la fuite effrénée. Courte fugue annonciatrice de quelque chose de plus gros dans le futur le plus proche.
Enfin, pour le moment, elle se contentait juste d'emmêler ses cheveux à grands coups d'air, de s'envoler à grands coups de sabots rageurs sur le sol.
Fûu, treize ans, et prenant à peine conscience de ce que cela impliquait, d'être "elle".

"Elle", jusqu'à maintenant, elle ne s'en était pas tellement soucié. Passées les premières péripéties de sa naissance, et sa petite carrière de phénomène de foire local, son enfance fut d'un calme qu'elle trouverait détestable une fois qu'elle aurait appris à penser par elle-même, aussi plate, froide et creuse que les murs de l'écurie où elle passait le plus clair de son temps.

Oui, parce s'il y a bien une chose que ses parents lui ont apportée, qu'ils ont été capable de lui donner, c'est bien le contact avec celui qui serait à peu près tout pour elle durant sa période de non-vie: le cheval. Chez elle, c'était naturel, ça venait comme d'apprendre à marcher, sinon plus aisément encore. C'était comme courir entre les pattes de l'animal en riant, lorsque maman le brossait, comme s'amuser à faire des acrobaties plus ou moins périeuses devant papa lorsqu'il la prenait en promenade, comme de passer ses nuits à l'écurie à distribuer caresses et baisers jusqu'à s'effondrer de fatigue sur la paille.
C'était si naturel qu'elle n'aurait pas eu besoin de toutes ces compétitions pour prouver qu'elle avait ça dans le sang, et qu'elle honorait volontiers ce sang. Sauf que eux, ils en avaient besoin. Et alors elle avait perdu tout enthousiasme à la seule réjouissance de sa vie.

La première de cette longue, interminable, exécrable série de compétitions, c'était peu avant ses dix ans. C'est à partir de là qu'on commença peu à peu à la séquestrer sur cette selle où elle était encore, à l'époque, si fière de se tenir, droite, comblée. Ce jour "révélateur" de sa vocation pour ses géniteurs -abstenons-nous de les appeler "parents"- est le plus clair souvenir de sa non-vie, dont elle ne se souvient aujourd'hui qu'avec grand effort. C'est aussi sans doute celui qui résume le mieux tous les aspects de ce moment de son existence -ou de sa pré-existence. L'entrée en piste, le nom prononcé dans les hauts-parleurs crachotant, son nom, qui avait fait monter comme une rumeur, un timide murmure de surprise dans le petit groupe de spectateurs postés à la lice. Elle s'en souvenait encore, alors qu'elle fuyait au grand galop à travers champs, elle revivait la scène d'une enfance encore innocemment heureuse, nostalgique. Elle n'avait jamais vraiment connu beaucoup d'humains avant ça, et les voir tous regroupés là à chuchoter son nom l'avait d'abord effrayée, à l'époque. Mais elle savait, elle savait pourquoi ils la connaissaient. Pas à cause de sa venue au monde des plus fracassantes, non, et elle aurait explosé de vanité en pensant cela: tous ses inconnus qui lui souriaient lorsqu'elle passait devant eux sur son fringant petit poney ne connaissaient que la fille de ces deux personnes, ses "dresseurs", qui savaient mieux prédire la mise à bas d'une poulinière que la naissance de leur enfant, qui ne trouvaient de noms qu'à leurs chevaux, laissant leur propre bébé aux bons soins d'une inconnue. Tous ne connaissaient que ces deux anciennes étoiles des carrières -et même avec cela ils n'avaient jamais voyagé, du moins n'avaient jamais rien connu de plus dépaysant que diverses écuries étrangères-, retirés du milieu respectivement pour une mauvaise chute, et une grossesse.
De part sa filiation avec ces gens-là, la voila à parader au milieu de ce monde, enchantée malgré la pression des "connaisseurs" venus voir l'enfant prodigue, qui la scrutaient du regard que le scientifique porte sur le rat de laboratoire dans sa cage.

Le rat, c'était elle, et l'équitation une cage en or massif.

Mais voila, si tout était encore rose et fleuri lors de ce dépucelage des concours, le temps de la désillusion ne se fit pas attendre bien longtemps. Fûu, machine à trophées depuis qu'on avait eu l'idée que, sur un cheval, c'était décidément mieux qu'à terre, n'entama la lutte contre une pression toujours croissante qu'à treize ans passés. Quelques minutes avant sa petite escapade, en fait. Avant, tout n'avait été que soumission et aquiessements dociles, y compris au terme des interminables double sermons qu'elle essuyait à chaque fois qu'elle prenait la très mauvaise initiative de se retrouver hors d'un podium. Heureusement pour elle et sa santé mentale déjà bancale, elle était plutôt à l'aise avec une selle sous les fesses, ce qui ne l'empêchait cependant pas de terminer fréquemment les soirées post-concours à pleurnicher dans les bras du palefrenier, seul être vivant compréhensif qui eut peuplé son univers pendant bien longtemps.

C'était d'ailleurs un peu sa faute à lui, si ce soir-là elle tardait à rentrer, flattant les flancs écumant de sueur de sa monture, du coup de vent qui l'avait menée si loin de chez elle sous couvert d'une petite balade. Parce qu'elle venait alors de terminer une énième séance de torture au sujet de ses carences en matière d'équilibre ou elle ne savait plus trop quoi et qu'elle l'avait croisé, à peu près comme d'habitude, en s'en retournant errer entre les portes des boxes. Sauf que là, sans doute s'était-il dit qu'il y en avait assez, ou bien avait-il capté un détail qui échappa à tous, et qui lui fit comprendre que le vase débordant commençait à craquer, mais il se résolut de faire qu'elle chose. Se soustrayant à son devoir d'épaule consolatrice, il avait abandonné la jeune fille sur une botte de paille quelques minutes, puis était revenu avec la solution. Solution pour laquelle il a d'ailleurs été renvoyé, puisque évidemment, il n'existait pas d'option qui ferait le bonheur de ses employeurs comme de sa petite protégée, dans un cas comme ça.

Un clin d'oeil et un minuscule carré de papier glissé dans la poche: son salut ne tenait pas à grand chose.

En une seconde, la petite coquille vide nommée Fûu avait cependant retrouvé une contenance: elle s'était enfuie.

Là, elle rentrait; la nuit était déjà tombée. Elle se jurait que ce serait la dernière nuit qu'elle verrait tomber sur sa prison. Et elle passa la soirée à en limer les barreaux qui tenaient encore debout, après sa prise de conscience.

Pendant une unique seconde, le lendemain, elle eut un petit regret pour sa fidèle monture, le complice de son escapade de la veille... Elle l'oublia aussitôt qu'elle se fut discrètement installée dans la voiture de son autre complice d'une escapade d'un autre genre: il s'en tirerait bien là où il était, lui. Pas elle. Seule la nervosité de l'inconnu la tenait lorsqu'elle monta dans le train, qu'elle vit défiler sa vie à travers la vitre, faisant des signes à l'homme qui aurait sa gratitude éternelle, et se rendant compte qu'elle n'avait pas valu la peine qu'elle y reste tant d'années. Et rien ne l'empêcha de tomber presque directement dans un sommeil d'une profondeur qu'elle ne lui avait jamais connu: le sommeil qui lui ouvrirait les yeux sur une nouvelle vie.

Cabines téléphoniques de la gare, très tôt le matin, Madrid.

- Hmmmmmm...?
- Allo? C'est moi, Fûu. Théoriquement, tu me connais.
- Fû-... Ah! Mais pourquoi tu m'appelles, comme ça? Il s'est passé quelque chose?!
- Rien de spécial. T'habites où?
- Hein? Beh, à Madrid...
- Justement, où?
- Oh là attends... Toi, t'es où?
- A la gare. De Madrid. ...Seule.
- ...J'arrive.

Au plus profond de la plus chaleureuse des arrières-boutiques, Madrid.

Fûu, depuis quelques mois échappée de la fausse existence dans l'ombre des geôliers "papa" et "maman". Quelques mois, une poignée de temps, de jours et de nuits, de secondes rieuses; le temps de la transfiguration, de la renaissance.
Fûu, à présent elle-même, la seule, l'unique, l'originale, et en même temps constituée de morceaux entiers de ses compagnons de route. Les maçons de sa personne. Tonton-pas-poule-mais-un-peu-quand-même. Les idiots du collège. Musique, musique, musique. Mère Musique.
Lorsqu'on demandait à Fûu qui elle était, d'où elle venait, encore même aujourd'hui, la réponse ressemblerait à: "Fûu, née à treize ans et demi à Madrid, fille de mon oncle et de Musique et de mes frères et soeur". Rien, y compris ses crises d'amnésie volontaire, ne pouvaient enlever cette vérité de sa tête. Bien que la Fûu de cette vie-là soit elle aussi morte, non pas par suicide, mais mutilée à mort, consumée à petit feu.

Mais en attendant... En attendant, elle monopolisait l'arrière-boutique de son oncle et complice de fugue, où elle faisait connaissance avec sa véritable mère.

A son arrivée dans des circonstances assez inattendues, ce drôle de bonhomme que la mentalité adolescente ne semblait pas encore avoir complètement quitté l'avait recueillie, bien sûr, mais s'était bien gardé de prévenir son frère ou sa belle-soeur. Cette nièce tombée du ciel, qu'il n'avait croisé qu'une fois lors d'un hypothétique repas de famille dans leur trou paumé natal, avait semblé ne pas avoir besoin d'entendre parler de ces gens et de ces lieux qu'elle avait fuit de sitôt. Et lui, ça lui convenait très bien, ayant lui-même déserté la place dès que l'occasion s'était présentée, et n'y ayant presque jamais remis les pieds. Un simple message les empêchant de lancer un embarrassant avis de recherche leur fut passé, le reste n'avait été que silence. Et la petite avait entrepris de s'installer chez lui, dans cet appartement d'homme seul et libre, au premier étage d'une boutique de musique.

Cependant, après quelques jours, une semaine tout au plus, il avait commencé à ne plus trop voir sa squatteuse inopinée "en-haut". En effet, lorsqu'elle ne l'assistait pas avec ses petits moyens à faire tourner les affaires, elle se terrait plutôt "en-bas", dans l'arrière-boutique. Depuis les premières heures de la journée jusqu'au zénith lunaire, voire jusqu'au terme d'une nuit blanche où il la retrouvait quasiment toujours endormie devant le vieux piano qui traînait au fin fond de ce bric-à-brac, fièrement dressé malgré ses nombreuses égratignures et cicatrices de guerre, comme un roi trônant au-dessus de ses sujets. Un roi dont l'humaine, la fille de Musique cherchait apparemment à se faire la reine. Son égo en forme de coquille vide, héritage de sa vie antérieure, avait la faculté d'aspirer tout ce qu'il trouvait à se mettre sous la dent en se réincarnant ici-bas, dans l'obscurité de ce sous-sol enchanté. Et il se repaissait de musique.

Comme en ce moment, apprenant ses notes de sa mère, des instruments eux-même, les maîtrisant à une vitesse impressionnante, comme si effectivement le spectre du son, des chants et des mélodies la possédait aussitôt qu'elle posait les doigts sur un instrument, son bon vieux grand-père de piano en tête. Appuyé à l'encadrement de la porte qui fermait la place, l'isolait encore mieux du monde des vivants, le gérant de la boutique s'était arrêté un instant, à écouter les progrès de sa petite protégée. Dire qu'il lui avait à peine parlé de quelques notions de base à propos des instruments et de la façon d'en jouer, et qu'elle s'était lancée comme ça, oiseau à qui on a pas fini de montrer comment voler qui saute déjà du toit et déploie ses ailes, naturellement. Bien sûr, dès qu'il en avait le temps, c'étaient quelques bribes de technique enseignées à la va-vite, entre deux clients, mais il n'estimait pas ses capacités de professeur assez miraculeuses pour être seules responsables de la création du monstre Fûu, celle qui sachant à peine voler s'en ira bientôt voltiger sous une rampe.

En parlant de rampe, d'ailleurs, ce soir, c'était le grand soir. Pas de temps à perdre en écoute contemplative, l'Oncle -un petit surnom donné par les jeunes du coin, qu'il soupçonnait d'avoir été répandu par sa nièce, tout simplement- avait aujourd'hui fonction de messager entre son arrière-boutique, ventre de la mère Musique où le bébé Fûu se reconnectait à un cordon ombilical empli de notes et de rythmes, et le monde réel, où elle était attendue pour faire sortir ces notes, perchée sur le bord d'une scène. Il fit taper le talon de sa chaussure contre les marches de l'escalier, sans trop espérer de réaction: sa nièce partait bien trop loin dans son univers parallèle pour capter ce qu'il se passait autour d'elle, en général. Là, comme d'habitude, il lui fallut dix bonnes minutes à remarquer la présence d'un corps étranger près du corps fusionné d'elle et de son piano. Sans arrêter l'enchaînement des accords au-dessus du clavier elle tourna la tête vers son oncle, montrant qu'elle écoutait.

- Ils sont là.

Un hochement de tête, c'est la seule réponse que reçut l'annonce. Le morceau continuait. L'Oncle remontait vers sa boutique, son devoir accompli.
Peu à peu les notes ralentirent, s'arrêtèrent. Ce n'était pas la fin du morceau, mais du moment que la séparation n'était pas trop brusque, ça irait. D'autant que là, Fûu ne pouvait pas attendre. Elle quitta son jumeau aux touches de nacre, attrapa un sac posé à ses pieds tout en bondissant déjà vers la sortie. Son oncle ne vit qu'une silhouette floue surgir de l'escalier et traverser les rayons en coup de vent, manquant de très peu de renverser un violon ou de heurter une batterie sur son passage. Puis elle était sortie; "ils" l'attendaient encore devant les vitrines.

Ils, c'était ce qu'elle désignait volontiers comme ses "frères et soeurs" sans qu'ils ne correspondent tout à fait à la définition. Du moins pas de la même manière. C'étaient en fait la bande de détraqués qui l'avait repêchée, la coquille vide, égarée dans une cour de collège où elle s'était échouée. Pas facile de naître à treize ans, d'autant plus lorsqu'on s'appelle Fûu, et que derrière une telle identité est forcée de se trouver une personnalité exceptionnelle. Mais on se rendait bien vite compte que, moins qu'une personnalité, le néant s'y campait, et bientôt il n'y eut plus grand monde parmi les premiers curieux pour aider la nouvelle-née qu'elle était à se construire. Eh bien "plus grande monde", c'était "ils". Eux.

Une bande de petits joyeux toujours prêts à faire les 400 coups, comme il en faut toujours dans tout bon établissement scolaire qui se respecte. Et ceux-là, en plus d'être détraqués, portaient chacun en eux un petit bourgeon de marginalité en train d'éclore. Un groupe bien hétéroclite que seule la différence rassemblait, rejetés par le commun des mortels, par la norme, et à partir duquel s'était constituée une famille. Une petite famille dont la prochaine mission serait d'adopter ce morceau d'être humain, de le retaper un peu, et de continuer le show avec.

Timide au début, solitaire, renfermée, il fallait toujours qu'ils viennent la chercher dans son coin pour la ramener parmi eux. Perplexes face à son manque de caractère notoire, eux qui n'en manquaient pas, ils se firent alors ouvriers du plus honorable des chantiers: fabriquer quelqu'un. Plus qu'une simple rénovation, tous pour l'occasion lui prêtèrent un petit bout d'eux-même, qu'elle aspira et assimila peu à peu à sa personne, Musique -leur mère commune- se chargeant de compiler le tout. La mixture ainsi obtenue devint la vraie Fûu.

Alors, elle avait pu être non pas sous la tutelle de la bande, mais en devenir un membre à part entière. Et un membre qui leur était cher, puisqu'ils avaient travaillé dur à en faire ce qu'elle était désormais: un bout d'adolescente que tout attirait et distrayait, pourvu que ce soit une expérience nouvelle, malade de musique, et depuis peu capable de les suivre même jusque sur une scène, ayant appris à dompter sa voix, faute pour le moment de tenir la distance à travers le catalyseur d'un instrument. Les horaires de son oncle ressemblant aux siennes lorsqu'elle sortait, le soir, le problème technique qui s'imposait là était résolu d'office; quant au lieu, quelques petits bars pas trop moches suffisaient.

Ce soir, alors que les membres du groupe se relayaient l'un l'autre pour assurer l'animation musicale dans la salle confinée, chaleureuse, du père de l'un des leurs, leur petite nouvelle se rendait compte encore une fois, comme à chaque soirée de ce genre, qu'elle vénérait d'autant plus sa mère en de pareilles occasions: plus qu'un bien-être solitaire au fond d'une arrière-boutique, que les confidences en tête-à-tête avec un clavier, le sentiment indescriptible qui la traversait face à un public, et qu'elle devinait atteindre tous ces gens rassemblés sous elle, constituait une drogue, un oxygène bien plus puissant et indispensable que tout. Et, bien qu'elle soit la plus extrême en la matière, tous pensaient comme elle, au sein de la Tribu.

Au plus profond de la plus froide des arrières-boutiques, Madrid.

La plus extrême dans son amour envers sa mère, et la plus friande d'excès. Bien sûr, tous l'accompagnaient, dans la déchéance progressive qui les attendait, chaque jour un peu plus poussée, en descendant de scène. Fûu et sa Tribu, êtres si fièrement étranges aux yeux de tous, se disloquèrent finalement sous l'impulsion d'un destin on ne peu plus banal. L'excès.

Excès, parce que, comme tant d'autres, ils avaient suivi les chimères de la musique jusque dans l'antre de sirènes aux chants bien plus nocifs. Ils s'étaient accrochés à leur scène, jusqu'à monter sur les plus basses d'entre elles. Ils avaient couru après la découverte, jusqu'à se lancer dans une exploration des bas-fonds de la débauche humaine, dont ils finirent par devenir des résidents permanents.

Un soir, dit-on, il suffit d'un soir de trop. Pourtant, eux, ils ne l'avaient pas vu, celui-là. Ils ne voyaient, après-coup, que la longue descente des marches vers le rien, le noir, le néant. Seulement, c'est vrai, c'est bien ce soir-là qu'il trébuchèrent, et furent emportés par l'élan de la chute. Un soir qui ne vaut cependant pas la peine d'être raconté: comment prétendre pouvoir inclure ce genre de récit si banal, mille fois entendu de la bouche de tant de personne à propos de tant d'autres, comment prétendre pouvoir l'inclure à l'histoire de quelqu'un dont qu'on s'acharne à tirer de la norme et de la routine depuis le début? Cette histoire est même si récurrente dans les petites histoires, les petits bruits qui cours, les petites colonnes de faits divers des journaux, avec leurs nuits blanches, sales nuits, leurs sirènes aux masques de catins et leurs potions magiques, poisons à l'âme avant de l'être au corps, que même résumer cet épisode, et la suite automatique qu'il impose, est superflu.

La seule évocation qui mériterait d'être fait sur cette période, en fin de compte, serait cette douce berceuse que la jeune fille, jeune femme, enfant, on ne sait plus trop, se chantait en boucle dans sa tête, la mélodie qui l'empêchait de paniquer. De se rendre compte de ce qu'elle faisait. Le pilier central de son illusion, amour. Ce mot qu'on lui avait donné lorsqu'elle avait commencé à ne plus réclamer son plaisir qu'à sa mère. Qu'elle avait cédé à l'impulsion qui la poussait vers les autres, qui au début l'attiraient, qui finirent par la droguer, comme ces sachets de "n'importe quoi", comme elle les appelait, qui s'échouaient souvent, éventrés ou vides, sur les oreillers d'un lit défait ou à même le sol.
D'ordinaire, on commence plutôt par posséder le coeur, avant d'envisager de conquérir le corps. Fûu, elle, s'engagea dans la démarche inverse: contrôler le corps, et puis dévorer l'âme.

Et elle s'empiffrait, la dévoreuse, elle buvait jusqu'à assécher la source sans pour autant avoir étanché sa soif, et elle cassait ses jouets. Puisqu'elle en voulait toujours plus, non pas dans les actes, non, pas tant de banalité, mais elle allait de plus en plus loin dans la démarche d'asservissement à chaque nouveau partenaire. Ils étaient sa drogue, une des trois sources principales de sa dépendance. Il fallait que la réciproque s'applique à eux.

Seulement, on peut facilement deviner les suites d'un tel comportement: à force de briser les gens à force de les aspirer, il y en aura bien un pour l'entraîner dans sa chute. Et, effectivement, celui-ci arriva. Elle qui croyait être seule capable de faire se disloquer une personnalité par le poids de son amour, il lui démontra le contraire. Il la démonta, littéralement. Une tempête, parmi les nombreuses autres qu'elle avait déjà eu à essuyer. Mais celle-ci la fit chavirer. Il avait trouvé la solution: mourir. Pour se libérer de l'emprise, pour rompre la chaîne de naufrages qu'elle avait engendrée dans son sillage.

Même dans ses périodes plus clémentes, Fûu s'est toujours gardée de rouvrir le placard où le souvenir de ce visage est enfermé. Qu'il ait été désespéré, ou qu'il ait voulu la mettre dans le même état que lui, c'était réussi. Après cet épisode, dont elle se tira tout de même, bien qu'il l'ait précipitée bien plus vite vers le fond qu'elle n'aurait du y arriver, elle s'appliqua, de façon inconsciente, à fuir tout ce qui risquait de provoquer la moindre réminiscence en elle. A commencer par les hommes eux-mêmes, auxquels elle se mit à préférer les poupées de porcelaine, les caresses de soie, les regards de pierre précieuse, qu'elle s'était toujours gardée d'approcher, de peur que les gros sabots de son affection trop grande ne les piétine. Elle s'était mise à s'imaginer qu'elles lui résisteraient mieux, ou du moins qu'elles ne se désintégreraient pas d'un coup, sans qu'elle n'ait pu le prévoir. Et puis la vie, la descente aux Enfers se poursuivit.

Sa mésaventure la ramena aussi à des considérations plus naturelles de sa part; Musique et Tribu. Si la Tribu avait vu certains de ses membres forcés de lâcher en route, obligés de rendre des comptes, le plus souvent à leur propre vie, et si leurs excursions nocturnes n'avaient plus grand chose à voir avec la scène, du moins à partir d'une certaine heure ou de la fin du concert, l'arrière-boutique de l'Oncle ne parut jamais aussi accueillante à Fûu qu'en ces temps troublés. Lorsqu'elle s'asseyait devant son piano, plus rien ne pouvait l'en déloger sinon la fatigue qui la faisait tomber de son siège, ou l'envie de s'en détacher. Le choc de se faire renvoyer son amour en pleine figure avait d'ailleurs provoqué une cure de plusieurs jours, où la jeune fille dormait et mangeait juste assez pour être capable de descendre l'escalier du sous-sol, et où le clavier chantait sa détresse à la place de la musicienne, qui avait perdu ses mots. Mais, seulement quelques semaines après s'être suffisemment remise pour quitter son refuge, alors qu'elle s'y trouvait encore, trouvant l'après-midi trop chaude pour mettre le pied dehors, son oncle, ange-gardien du pire, soutien silencieux mais indispensable, acheva de supprimer sa volonté de sortir, détacher les mains de son instrument et rejoindre le commun des mortels.

Comme toujours, il s'arrêta un instant sur les dernières marches de l'escalier, écouta. Fit cogner son talon contre une marche, attendit un signe d'attention, bien que ces derniers temps ceux-ci étaient rares. Fit passer son message, à peu près toujours le même:

- Ils sont là.

Cependant, cette fois-ci, Fûu comprit que ce n'était pas "comme toujours".
Elle s'arrêta de jouer immédiatement.

Elle se leva et passa devant son oncle, qui avait baissé la tête, remonta à la surface. Et, le temps qu'elle se demande comment c'était arrivé à leurs oreilles de sourds au fin fond de leur trou perdu, ils étaient devant elle.

Elle n'eut que l'occasion de donner un coup d'oeil à son complice de fugue, dans son dos; ils l'emmenèrent.


Un jour trop lumineux, carrière principale de l'Ecole Nationale d'Equitation, Andalousie.

Que faisait donc Fûu sur ce cheval, prête à vider les étriers? Une question qu'elle n'avait même pas le courage de se poser, bien trop absente pour cela. Elle avait aussi occulté le fait qu'elle était censée dérouler une reprise de dressage des plus parfaites, là, devant les regards scrutateurs d'un jury qui avait l'air de se demander si c'était une blague -oh, oui! Elle aussi avait bien envie de rire, tant c'était ridicule!-, sous les yeux de ses parents -tiens, depuis quand l'avaient-ils retrouvée?-, du haut d'une monture -mais que faisait-elle diable là-haut?!- qui semblait quelque peu déconcertée par l'attitude de sa cavalière.

Ah mais... si! La mémoire lui revenait. Après un suicide qui l'avait plus sûrement tuée elle que le mort, après quelques tentatives infructueuses de Musique, de l'Oncle, de la Tribu, de la remettre sur pieds, on avait finalement décidé que la partie était finie. Game over, on rentre au bercail... D'un coup sevrée de tout ce qu'elle avait aimé au point qu'ils fassent partie intégrante d'elle-même, elle n'était que trop facilement retombée dans les bras de la seule chose dont elle aurait du être sevrée. Même par la suite, lorsqu'elle avait réussi à récupérer une vieille guitare cabossée et qu'elle s'enfermait dans un box désaffecté, papier et crayon à la main, quelques vagues mélodies en composition dans sa tête, c'était toujours avec une boîte de cachets dans la poche.

De leur côté, ses géniteurs, non-contents d'avoir mis fin à une fugue de trois ans et d'avoir récupéré leur bien aimé rat de laboratoire, avaient résolu de l'enfermer à nouveau dans sa cage aux barreaux non plus d'or, mais de rouille. Ils l'avaient remise sur un cheval, elle qui se levait parfois le matin sans plus savoir marcher, et avaient bien l'intention de ne plus l'en laisser descendre. Malgré le fait qu'ils auraient plutôt du la confier à quelqu'un -n'importe qui!- qui l'aurait mieux aidée qu'eux, malgré le fait qu'ils sachent pertinemment ce qu'elle faisait à peu près tous les soirs dans l'écurie, qu'elle se changeait progressivement en zombie et qu'elle ne donnait plus rien en tant de cavalière, malgré tout ça ils projetaient de la faire se présenter au prochain concours d'entrée à l'Ecole Nationale d'Equitation espagnole.

Ce qui expliquait donc pourquoi elle se retrouvait dans une carrière annexe de ladite école, à aller sans savoir où ni pourquoi, tandis que ses examinateurs envisageaient franchement de l'éliminer d'office. Il n'y avait effectivement pas besoin d'avoir leurs connaissance des figures de dressage et des concours pour voir que, visiblement, la candidate qui évoluait sous leurs yeux n'était capable de rien faire, en tout cas pas dans son état, plus que douteux. Ah, puis là, elle devait faire une pirouette et repartir...

... Et tomber.

Si seulement elle ne s'était pas souvenue, dans un éclat de conscience, de la figure suivante, si seulement, par égard pour son pauvre canasson, qui devenait fou sous elle, par réflexe aussi, elle n'avait pas automatiquement placé les aides de ce mouvement délicat, si seulement elle avait eu la présence d'esprit de se rendre compte qu'elle était absolument sûre de rater sa manoeuvre sinon d'y perdre des plumes, elle aurait juste été quitte pour la plus grosse humiliation de sa vie.

Mais non. Elle tomba juste, par vertige, par malaise.

Des sabots retombèrent vers son corps; elle les vit comme au ralenti. L'éclat des fers la fascina la seconde où elle le vit; elle n'eut pas mal lorsqu'elle sentit quelque chose craquer du côté de sa hanche gauche.

N'importe quand, nulle part.

Noir.

Etrange, la première fois qu'elle avait vu l'endroit, il était d'un blanc aveuglant. Peut-être l'était-elle alors vraiment devenue, aveugle. Tout comme ce silence criant à ses oreilles, rongeant ses tympans d'un strident ricanement: était-ce ce qu'entendaient les sourds? Et ces cordes vocales verrouillées, cette bouche pâteuse à la salive amère, qui était responsable de ces maux?

Une chose en tout cas dont elle pouvait être sûre: il lui restait au moins un sens, douleur. Non plus toucher parce qu'elle doutait être encore capable de sentir la caresse, le froid ou le chaud, ses entraves rugueuses ou son matelas moelleux. Douleur était son dernier sens, l'élixir qui se distillait dans ses veines, qu'elle tâchait de faire partir en bougeant tant qu'elle pouvait, qui partait, qui revenait, en pire. Jusqu'à ce qu'elle s'agite trop, qu'on le remarque, et qu'on ne vienne encore l'abrutir d'une énième drogue, de celles qu'elle aurait pu utiliser, dehors, pour quitter la terre ferme et voyager. Eh bien là, on s'en servait sur elle, contre son gré, pour l'empêcher de bouger. De voyager trop loin, de s'imaginer de l'autre côté de la porte close qu'elle n'atteindrait de toute façon pas de là où elle était, même avec tous les efforts du monde. Et puis, au départ, elle n'en avait même plus l'envie, de bouger, lassée, sans volonté, laissée pour morte dans ce lit où elle était inutilement attachée, et finissant par se croire morte. Et elle s'appliquait à ne pas trop penser, et elle regardait le noir. C'est vrai, elle savait: le noir, ici, c'était la nuit. Noir, comme les Enfers.

Encore que, non. Cet endroit, ce n'était pas comme les Enfers en un point: les chances d'en sortir y sont un peu plus que nulles. Pour Fûu, ce fut long, interminable, éternel, mais elle sortit. Un matin printanier et heureux pour le monde du dehors.

Un monde du dehors qui ne l'attendait plus. Tant mieux: il fallait qu'elle change d'air.

Lorsqu'elle sortit, ayant perdu beaucoup pour ne gagner qu'une cicatrice de taille respectable sur la hanche gauche et l'assurance d'un réveil efficace pour la tirer de sa léthargie toxicomane, elle passa seulement chercher sa mère au magasin de son oncle et prévenir les derniers membres de la Tribu qu'elle avait décroché un CDI de vacancière, et elle partit.

Le premier jour de la troisième vie.

- Alors?
- ... Allez~

Engagement à vie, signée en quelques minutes à peine. Pour des valeurs auxquelles elle n'était pas sûre de croire, pour des pratiques qu'elle ne cautionnait pas vraiment. Mais par envie, simplement. De voir du monde, d'être quelque part, de faire quelque chose, de découvrir l'infini qu'elle ne connaissait pas encore. Alors elle le serait. Aussi longtemps qu'elle pourrait voir ce fier tatouage au sommet de sa cicatrice, elle le serait: Kuragari.

Fûu dans un gang tokyoïte avide d'étendre son influence un peu partout où le vent le menait, l'imaginait-on? Et d'abord, que faisait-elle là, à flâner dans les ruelles sombres d'un Shibuya exalté par la nuit, là où rôdent ceux qui attendent leur heure? Oh, l'enchaînement d'événements qui l'avait conduite jusqu'ici, jusqu'à la rencontre qui imprimerait son troisième acte de naissance était des plus enfantins: un retour aux sources. Après quelques vadrouilles dans quelques contrées dont l'emplacement sur la carte et les caractéristiques importaient peu, pourvu que ça soit nouveau, et loin de chez elle, elle avait du faire un choix, à l'occasion d'un voyage de plus grande envergure, projet qui s'était petit à petit monté dans sa tête.

Japon. Une évidence, quand elle y repensait. Bien qu'elle n'ait absolument rien à voir avec ce pays, elle s'en sentait quand même un peu originaire, reliée à cette terre par son premier berceau et par son prénom. Ayant déjà eu quelques occasions d'en assimiler les bases de la langue, et s'étant particulièrement appliquée à l'ouvrage, rien, le jour où elle décida de partir pour de bon, n'avait eu d'assez bons arguments pour la stopper dans son élan.

Quant à la rencontre en elle-même, elle tient en un mot: hasard. Ou destin, qui sait. En tout cas, alors qu'elle sortait d'un bar où un pilier de comptoir généreux lui avait filé de nouvelles cordes -le seul bagage qui la suivait partout: une guitare de l'arrière-boutique de l'Oncle-, ce groupe de "Kuragaris", comme ils s'étaient désignés par la suite, l'avait abordée. Le bon samaritain que la jeune fille venait de quitter devait être un de leurs copains; ils avaient approché cette extraterrestre aux cheveux verts -une lubie plus ou moins ancienne de la demoiselle-, qui, même avec sa tête d'étrangère, avait eu l'air tout à fait à l'aise dans ce bar qu'elle avait choisi au pif, et qui s'avérait être le lieu de réunion de quelques membres du clan, dont les figures n'étaient pas toujours des plus avenantes.

Curieux, mais d'abord et avant tout menaçants: voyant par la suite que leur interlocutrice ne marchait pas, qu'elle se mettait même à s'interroger sur les raisons d'un comportement si méfiant à son égard, elle qui donnait une impression de parfaite confiance, ils lâchèrent l'affaire et la questionnèrent plutôt sur sa présence dans une telle partie du quartier, moins fréquentable que la zone des ordinaires et innocentes boîtes de nuits. Voulait-elle être des leurs?

Des leurs. La dernière proposition du genre qu'elle avait reçue, et acceptée, c'était celle de la Tribu, aujourd'hui à peu près complètement dissoute. Du coup, la question l'enchanta par sa référence à sa précédente naissance, et la possibilité de tout recommencer une nouvelle fois, aujourd'hui, qu'elle impliquait. Elle avait fait celle qui était intéressée, et s'était fait conter les valeurs et les exploits du gang. Pas vraiment son truc, la violence à tout prix, mais enfin... Dans ce qu'ils disaient, et même dans l'intérêt qu'ils semblaient lui porter, elle entrevoyait la possibilité de se faire quelque même une place parmi eux. Alors elle avait dit oui, simplement. Et elle s'était fait apposer la marque des noirs, le biohazard, sur sa hanche gauche, juxtaposée à cette zone de son corps qui renfermait tout ce que sa vie avait eu de mauvais, néfaste, digne d'amnésie, comme un sceau. Et, une fois que ce fut fait, elle avait imaginé un peu plus sérieusement l'avenir qui se dessinait devant elle, et elle s'était dit: pourquoi pas?

Faire un petit bout de chemin avec les Ténébreux. Soit, eh bien... C'était parti pour Fûu la Troisième.

Le bon temps, Konoha.

- Oh Fûu, arrête un peu, avec ta gratte, la nuit nous attend!

Vitanny s'affairait dans la chambre, à la recherche que quelque obscur objet dont elle avait besoin, tout en sommant à sa compagne de chambre et de nuits blanches de lâcher un peu sa mère et de se préparer. La concernée répondit un petit "oui oui" rieur, sans pour autant interrompre ses arpèges. Pourtant, peu à peu, elle se préparait à l'idée de lâcher la guitare, ne pouvant se permettre de louper une soirée d'explorations diverses et variées avec sa très chère lionne.

Celle-là, elle l'avait rencontrée en arrivant à Konoha, portée par une vague conquérante qui avait poussé toute une partie des Kuragaris à migrer, à quitter Tokyo pour s'infiltrer dans le lycée de la ville, en vue d'en prendre le contrôle aux forces déjà en position. En plus d'avoir été la première membre du gang avec laquelle elle s'était sentie véritablement bien, ça avait aussi été sa première rencontre depuis la capitale, et quelle rencontre! Chacune de leurs sorties la mettait dans un état de jubilation extrême. D'ailleurs, l'air même de la ville l'enchantait bien plus que tout ce qu'elle avait pu connaître auparavant. Une atmosphère tendue et stimulée par la présence des Kuragaris, ces êtres sans entraves et sans limites, exaltée par les excursions de l'exploratrice Fûu et de la lionne Vitanny, qui "jouaient les Kuragari" dans les bars, les ruelles malfamées, perfectionnée par Musique, dont le spectre suivait sa fille où qu'elle aille, qui qu'elle caresse ou laisse pour mort dans un caniveau. Parce qu'elle avait beau "jouer", la jeune fille, emportée par les effluves de sang qui se faisaient toujours plus intense à Konoha quittait parfois son pacifisme convaincu et assumé pour, elle aussi, frapper dans le tas de temps en temps. Rien de bien méchant: elle s'en prenait juste à ceux qui la taquinaient un peu trop fort, ou alors pour venir en aide à un ami, mais le changement était bel et bien présent. Et, bien qu'elle se sente tout à fait à l'aise, à sa place dans ce clan, elle ne s'impliquait pas outre mesure dans les intrigues qui le secouaient si elles étaient trop éloignées d'elle pour avoir une forme concrète. Les quelques-uns qui cherchaient querelle avec leur chef pour son manque de vivacité, ou les histoires du genre, ça ne servait qu'à lui tirer un sourire amusé, que de prétexte à trouver une nouvelle activité parfois. Un nouveau jeu, une nouvelle source de découvertes à venir.

Et en attendant que les orages qui grondaient au-dessus de la ville et de ces groupes qui commençaient à en venir sérieusement aux mains, Fûu continuait ses explorations, accompagnée de sa guitare et de sa lionne.

Lorsqu'ils éclateraient enfin, elle ne serait plus là, repartie aussi brusquement qu'elle avait débarquée, volatilisée avant que ce monde-ci, où elle était si bien, ne se désagrège pour la retrouver, plus tard, chacun avec un visage méconnaissable.

Mais ce soir, pas de changement au programme: ce serait Musique, Vity et Kuragari. Jusqu'au petit matin. Jusqu'à plus soif.

La dernière heure, Madrid.

Sans penser à ce qui suivrait. C'était presque devenu habituel. Mais là, ça se verrait un peu, quand même.

Fûu quitta l'hôpital en marchant. Les yeux désespérément sec et le sang de sa victime du jour sur les doigts.

Cinq ans. Qu'elle était rentrée à Madrid. Si longtemps qu'elle ne se souvenait même plus de la raison qui l'avait poussée à retourner sur ses pas, encore une fois. Si ça se trouve, c'était seulement pour rendre visite à ce qui lui restait de famille fréquentable et d'amis là-bas. La seule décision de sa vie qu'elle aurait bien pu passer son temps à regretter. Mais Fûu n'était pas quelqu'un qui regrettait. Même si elle avait de quoi.

A peine rentrée, déjà. Une autre enseigne surplombait l'entrée de la boutique de son oncle. Après un coup de fil auquel elle ne put que raccrocher au nez de son interlocuteur, elle apprit que tout avait été vendu, faute de moyens de poursuivre l'activité, et que l'ancien gérant vivait maintenant... Près d'un certain ranch au fin fond de l'Andalousie. Il n'en restait plus rien, pas même "son" précieux piano...

Mais ça ne suffisait pas, encore. Comme si elle s'était absenté des dizaines d'années, elle n'avait pas remis les pieds dans la même ville. Une montagne de petites choses avaient changé, et pas souvent dans le bon sens. Pour ne garder que les principales, outre la disparition de son refuge ultime et la mort certaine de son meilleur ami -vu l'état dans lequel il était...- c'était de retrouver parmi les vestiges de la Tribu un seul pilier encore debout. Et encore, voûté.

C'était celle qui était de tous restée la plus proche de la Kuragari malgré ses longues absences, qui était restée fidèle à son poste, qui avait pris les coups, seule, abandonnée. Qui l'avait attendue. Qui l'avait accueillie à bras ouverts mais, une fois n'est pas coutume, avec de funestes nouvelles. Oui, c'était la dernière.
Bon, ça n'avait pas suffit à les démonter, les deux compères. Elles en avaient vues d'autres, c'était le cas de le dire. Seulement, quand on avait l'âge de la sortie du lycée, qu'on avait pensé à tout sauf à la suite, et que de toute façon on avait pas envie spécialement de mener une vie régie par l'utile et le besoin, partir de zéro n'était pas spécialement facile, même à deux. Et puis, cette manie de trop sortir dans des endroits trop mal fréquentés et de ne compter que sur les rencontres du soir pour s'assurer un toit jusqu'au lendemain les avaient un peu plus enfoncées. Bonnes opportunités ne sont pas données aux débauchées.

A force de se débattre contre vents et marrées, pour sûr, la nécessité de passer ses nerfs sur quelque chose devenait aussi prenante qu'une bonne vieille crise due au manque. Et quand on se souvient avoir fait partie des Kuragaris, une seule solution s'offre à nous: le sang. Fûu entama donc une brillante carrière de tueuse à l'ombre des impasses de sa ville. Toujours sur l'impulsion du moment; jamais de la même manière, pourvu qu'elle donne toujours lieu à un véritable carnage; jamais des personne qu'elle abordait d'elle même, mais en général les truands qui l'approchaient pensant qu'elle serait soit une bonne cliente, soit une proie facile.
La musique dans tout ça? Oh, j'allais l'oublier. Tout comme l'irréductible musicienne et mélomane, qui préférait désormais le chant gémissant ou bien hurlant des mourants à la vibration sensuelle des cordes d'une guitare.

Les ténèbres appelant les ténèbres, un jour dans le minuscule studio que les deux compères de toujours -sa colocataire fermait évidemment les yeux sur les actes de sa compagne, l'accueillant avec son sourire de toujours même lorsqu'elle la voyait douchée de rouge- louaient tant bien que mal -c'est à dire payant comme elles pouvaient, quitte à recourir aux pratiques les plus basses-, la meurtrière chronique trouva en rentrant son amie, inconsciente, sur le canapé. Sur le bar qui délimitait sa cuisine, une boîte sans inscriptions, vide. Finalement, peut-être qu'elle lui avait causé plus de soucis qu'elle ne l'avait imaginé.

Idée qu'elle exécrait, idée qu'elle se refusait. Idée obligatoire. Téléphone. Ambulance. Enfer blanc.

Elle l'y avait suivie, ne se donnant pas le temps d'hésiter ou de penser à sa propre torture au sein de ces même bâtiment, les seuls qu'elle savait ne pas avoir changé d'un pouce.

Elle en sortait à présent, n'ayant plus de raisons de s'y attarder. Au contraire.

Sa dernière compagne d'infortune s'était réveillée dans la journée. On ne l'avait apparemment pas jugée suffisamment dangereuse pour l'attacher. Tant mieux: Fûu aurait vu rouge, dans le cas contraire, et se serait appliquée à ce que ces liens ne puissent pas être en mesure d'entraver plus longtemps sa poupée. Tant pis: ça avait été la porte ouverte à toutes les opportunités; y compris celle de mourir.

Une aiguille de perfusion, rien que ça. On voyait ceux qui avaient tellement l'habitude de se percer la peau qu'ils connaissaient les choses à faire ou ne pas faire avec un objet tranchant, selon qu'on veille survivre ou non à la coupure. Déconcertée, surprise, choquée par le spectacle, le témoin de la scène n'avait rien fait. Juste regardé. Fixé. Le sang en dehors de la plaie, sur les draps blancs. Les pupilles ternes.

A la fin, comme si l'ironie avait décidé de rajouter une touche d'humour noir à la situation, un téléphone avait sonné, interrompant la tranquille contemplation de Fûu. C'était le sien, celui qu'elle ne décrochait jamais, dans la joie ou dans l'adversité. Cette fois-ci, elle décrocha. Une voix d'homme, une voix basse, une voix détestée se fit entendre.

- ...Ah, le proprio.
- Quoi, "ah"? Bien sûr que c'est moi. Le loyer du mois, il était censé tomber aujourd'hui, tu te souviens? Et j'ai rien reçu, encore une fois
- Bah, garde-le ton appart', si t'es pas content. Il est un peu sale, on le nettoie pas trop, mais bon...
- Comment ça, vous partez? Si vous pouvez pas payer, on peut s'arran-...
- Non, cherche pas. Je coucherai pas avec toi pour le loyer, ce mois-ci.
- Hm. Et l'autre, alors?

Ah. Elle s'y attendait, à celle-là. Depuis quelques temps, le propriétaire du petit studio que les deux jeunes femmes louaient avait eu la brillante idée de les faire payer en nature. Enfin, surtout Fûu, puisqu'elle refusait catégoriquement de faire subir ça à sa douce compagne. Bien que leur logeur se faisait toujours plus insistant pour l'obtenir, à chaque occasion. Seulement, cette fois... Un sourire, attendri pour le visage serein qu'elle fixait toujours, apitoyé pour son interlocuteur, qui attendait encore sa réponse, se dessina sur ses lèvres.

- Je crois pas qu'elle voudra, elle non plus...

Son ton songeur laissa un vide à l'autre bout de la ligne. Puis une explosion de paroles effrénées, qu'elle ne prit pas la peine d'écouter, les entendant juste. Elle glissa juste une salutation ironique à travers le flot interminable des mots, raccrocha. Resta encore une minute, observant un dernier silence aux côtés du cadavre, déjà en train de refroidir. Retira enfin l'aiguille, le sang ne coulant plus des plaies. Déposa un dernier baiser sur le front de la belle, tendre baiser. Partit. Sortit par la grande porte, les mains dissimulées dans les poches de son manteau, la fatigue suintant de chacune de ses cellules.

Deuxième fois. Elle les aimait éperdument, ils se sont laissés glisser vers la mort.
Quelque chose n'allait définitivement pas, avec elle.
Mais ce n'était pas grave. Elle avait presque l'habitude, maintenant, du coup.

Le seul truc... C'est que pour cette fois, pour ce sang sur ses mains, sa visite à la morte et sans doute ses empreintes un peu partout où il y aurait du sang, il faudrait qu'elle songe un peu à ce qu'elle allait faire.

Dur dur de culpabiliser sur un cadavre. Elle se promettait de ne plus jamais recommencer.

La dernière désillusion, Konoha.

L'acte de naissance de la musicienne était un ticket de train.

Le gage de survie de la Kuragari, lui, avait tenu en un billet d'avion.

Ce qui ne l'avait pas empêchée de s'égarer non plus...

"Le temps" d'une sieste", comme elle disait, et la voila de retour à Tokyo. De passage, comme les deux fois précédentes. Une seconde d'hésitation plus tard, elle se dirigeait déjà vers les souvenirs de ses années lycée. le cheval sentait son écurie, la vraie, et ne pouvait plus que courir vers elle.

Redevenir comme avant? Non, mais peut-être se trouver un peu mieux que maintenant. Maintenant qu'elle était fugitive et qu'elle n'avait plus son piano et qu'elle était seule, définitivement. Elle n'espérait rien de particulier, en fait, en choisissant sa destination plus au hasard qu'autre chose, grâce à la "petite" somme dérobée sur le compte de quelqu'un qui aurait pu être son père -gracieusement offerts sans connaissance de cause pour une nièce qui, lui avait-elle dit, repartait vers les derniers amis qui lui restaient. Elle voulait juste aller loin, et vite, avant de devoir se méfier des contrôles d'identité et autres obstacles de mauvais genre. Bien qu'elle soupçonnait qu'une part d'autre chose s'était mêlée au hasard pour la décider, lui faisant un peu s'en vouloir d'avoir finalement obéit à cette intuition.

Une destination dont elle était déjà revenue. Cela ne pouvait être qu'ennuyant. Ou pas tant que ça, si l'on considérait le fait que celle qui y était allée n'était pas exactement la même que celle-ci; et que la nouvelle n'avait absolument rien à faire des souvenirs de la première. Elle savait juste sur quoi elle devait compter, à présent: la marque de ténèbres sur sa hanche gauche et sa boussole mentale qui indiquait la même direction, sans faillir. Seules quelques secondes avaient suffi à abolir de genre de réflexion inutiles dans son esprit, et à faire que le premier pas de Fûu dans Konoha fut ferme et assuré. Recommencement.

Ou nouvelle chute. Jusqu'au fond du ravin.

L'écurie était en ruines; la jeune femme le comprit bien assez tôt. Ses bases, un clan aux dents toujours plus longues et aiguisés et une ville aux rues de moins moins en fréquentables la nuit, était toujours là et s'étaient encore renforcées, mais c'étaient des bases qu'elle enverrait volontiers promener s'il manquait toutes les entités, les présences qui valsaient entre leurs piliers. Konoha était comme un arbre sans feuilles. Plus ces "un peu trop violents mais occasionnellement sympas", plus ces rois de la liberté et maîtres de la nuit. Fini le duo infernal de l'exploratrice mélomane et de sa lionne blonde. Une fois l'ellipse de cinq ans dans sa tête complétée par les récits des quelques-uns qu'elle avait revu, se laissant reconnaître ou non, elle avait confirmé son impression: comme elle, on ne vivait plus que pour jouer les faucheurs. La haine en plus. Celle qui faisait que l'ambiance avait dépassé ce que la Kuragari pouvait supporter, qui faisait qu'il n'était pas bon pour un Ténébreux de se mêler à autre chose que le noir d'ombre et le rouge sang.

Si c'était pour se faire un membre exemplaire de son gang et laisser se déchaîner ses instincts les plus bas, elle pouvait le faire n'importe où. On n'avait pas du attendre bien longtemps pour revoir ce fantôme d'espagnole monter dans sa barque et ramer vers l'horizon. Vers de nouvelles terres; ses ports d'ancrage ne distillant plus que l'amertume dans l'eau qui y stagnait.

Tous les ponts menant au coeur de Fûu étaient maintenant rompus. Effacés par la mort, érodés par l'oubli ou brisés par ses soins. Plus rien ne l'habitait. Rien que sa dépendance nouvelle à la drogue du meurtre et des fragments de mémoire qu'elle attribuait à un témoignage de la vie de quelqu'un d'autre.

Retour aux fondamentaux, Tokyo

- Alors?
- Hum, bof. Quoique, c'est mieux que rien en fait.
- Ca veut dire oui ou non ça?

Fûu tira une bouffée sur sa cigarette, jetant un regard désinvolte sur ses interlocuteurs, deux Kuragari plutôt bien campés. Eux, de leur côté, acceptèrent malgré eux de prendre leur mal en patience, tandis que la jeune femme réfléchissait à la réponse définitive qu'ils exigeaient d'elle. Parce que, même si c'était eux, qu'ils étaient du même clan et que leur vis-à-vis n'avait que l'innocente apparence d'une frêle créature nageant dans son kimono, ce qui se disait sur elle et ce qu'elle faisait dans l'ombre des ruelles avait de quoi les tenir sur le qui vive. Aussi ne risquèrent-ils aucun mouvement imprudent, non pas méfiants, mais attentifs tout de même. Relativement attentif. Après tout, ce n'était pas comme s'ils l'avaient abordée avec de mauvaises intentions. Au contraire.

En effet, lorsqu'ils étaient tombés sur elle, désoeuvrée, errant le long des murs d'une rue déserte, c'était plutôt pour lui faire une proposition qu'ils avaient engagé la conversation. Eux-même étant des membres déçus de Konoha, s'ils ne l'avaient jamais personnellement rencontrée, le complexe jeu des relations et autres réseaux d'information leur avait appris qu'elle aussi était rentrée à la capitale, comment la reconnaître et combien faire un petit bout de chemin avec elle pouvait s'avérer intéressant -bien que cette dernière information soit à nuancer par rapport à la réalité actuelle. Or, justement, un bout de chemin, ils en avaient bien un sur lequel s'aventurer, mais hésitaient encore, préférant s'y engager avec un groupe plus conséquent, pour rendre la partie plus attrayante.

Cinderella. Un train à bord duquel l'imagination devait fonctionner à plein régime, d'après la description qu'on venait de faire à Fûu. Celle-ci, loin d'avoir les idées aussi terre-à-terre que le suggérait son apparence, mais bel et bien encore capable de croire aux pires folies, n'avait pas cherché à contredire ces deux braves types qui se tenaient campés devant elle, avec l'intention de l'embarquer dans leurs projets. Sois disant ils iraient se faire un peu d'argent de poche en profitant du conflit humains-bestioles -la guerre 1st Class-2nd Class telle qu'elle la voyait: de façon plutôt schématique-, pour faire un peu de braconnage... Ou de ce qu'on voulait, puisqu'apparemment la chasse n'y était pas particulièrement interdite.

Soit. Fûu, qui était remontée à Tokyo pour y continuer son activité principale, bouchère de gouttière, dans un lieu un peu plus neutre que celui où résidaient trop de souvenirs à son goût, ne voyait pas trop d'inconvénients à les suivre dans leur train, s'ils y tenaient. En plus, si elle avait bien compris, elle y aurait même plus ou moins l'autorisation de tuer, argument de poids. Seulement, elle n'était pas tellement chaude pour se trimballer ces deux compagnons de route, là, tout le long du voyage. Bah, tant pis, elle trouverait bien un moyen de les semer, à un moment donné. Avec un moyen de transport où l'on avait la place de se faire la guerre, on ne devait pas se sentir non plus trop à l'étroit.
Du coup, après une réflexion qui avait duré le temps d'une cigarette, de quelques regards perplexes échangés par les deux Kuragari, sa réponse se ponctua d'un léger hochement de tête:

- Ouais ouais, j'en suis.

La prochaine vie, quai de la grande gare de Tokyo, devant les portes ouvertes du Cinderella

Elle fixait le billet coloré sans avoir l'air de tout comprendre, la Fûu. Oh, oui, elle comprenait très bien ce qu'elle faisait là et ce qu'elle s'apprêtait à faire, mais tout était juste... Allé trop vite.

Mais elle s'en accommodait sans trop de soucis, sa volonté sachant s'assouplir au gré des imprévus.

Il y avait seulement eu un imprévu que rien ni personne n'aurait pu voir venir. Celui-là l'avait quelque peu surprise.

Musique. Sa plus grosse connerie de la veille.
Oui, il y avait eu quelques signes avant-coureurs d'une rechute dans les bras de sa mère nourricière et maîtresse des premiers ébats. Une présence qui avait peu à peu commencé à se rappeler à elle avec l'insistance de la nécessité. Cependant, tant qu'elle ne l'avait pas sous les yeux, elle ne se laissait pas tenter, l'ex-musicienne. Elle tanguait un peu, se tâtait... Et puis elle lâchait l'affaire.
Mais cette fois, l'acte ne s'était pas laisser manquer. Pour la séduire, mère Musique avait revêtu les atours d'une belle à cordes dont le vert lumineux l'interpela. Tiens, à une époque, ne passait-elle pas toutes ses rares économies en une coloration de ce genre? Soit, pour une raison aussi futile alors que les arguments les plus lourds ne l'avaient pas fait plier, elle céda. La guitare se retrouva bien vite calée sur son épaule, qui retrouva avec un délice flagrant ce poids familier. Etrange, cette même épaule qui avait été secouée d'un haussement désinvolte lorsqu'elle s'était rendue compte que son ancienne compagne, celle qui s'était retrouvée abandonnée à Konoha, avait définitivement disparu ressentait là une profonde nostalgie, presque une once de culpabilité.
Enfin, pour se donner bonne conscience elle était sortie sans payer. Dégager autant de présence qu'un cadavre ambulant, ça avait parfois du bon, finalement.

Cela dit, le pauvre instrument, bien qu'aussi attrayant que la naïve pucelle attendant qu'on la déflore, devrait conserver sa virginité encore un moment. Sa propriétaire ne se risquait même pas à l'effleurer. Ses avances les plus osées se réduisaient à la déshabiller d'un geste lent, à regarder la lumière jouer sur son bois vernis et à refermer la housse sur ses cordes silencieuses.

La compagnie d'une Belle qu'elle se refusait à aimer, voilà l'imprévu qui dérangeait quelque peu Fûu.

Elle s'y était faite, comme pour tout le reste. Mais le malaise devant ces rondeurs verdoyantes persistait; elle l'admirait de plus en plus rarement au fil des jours.

Sinon, pour le moment, c'était elle qui devait se faire imprévu.

Planter là ses compagnons pour faire bande à part, pensée qui succéda logiquement aux souvenirs de ces derniers jours.

Parce que oui, ils l'avaient bien aidée. Notamment à lui donner une route, un objectif, un toit. A payer le sésame qu'elle tournait et retournait entre ses doigts, elle qui subsistait difficilement en temps normal. A se trouver une nouvelle arme, à l'inconsciente, qui ne se serait figuré la difficulté d'abattre une bestiole à mains nues, ou presque, qu'une fois devant le fait accompli. Qu'une fois qu'il serait trop tard, en fait. Une petite bricole toute simple, refilée par un de ces mariolles qui fournissaient leurs vieux potes Kuragari, ceux qui délaissaient un peu le clan pour aller s'amuser ailleurs. Sa déception de ne pas retrouver ses hachettes fétiches - plutôt inhabituelles, en particulier pour quelqu'un qui n'avait pas l'air si violent que ça, quand on ne la connaissait pas - avait très vite été dépassée par sa solution de rechange. Cet objet oublié dans un coin sur lequel son regard s'était posé une seconde de plus que les autres.

Fûu ne croyait pas au coup de foudre, mais elle croyait son instinct et celui-ci lui hurlait de s'approprier ce fouet.

Assemblement de lanières de cuir luisant de bonne santé et de soif de sang. Le tout agrémenté de discrètes mais non pas moins dangereuses épines dont la demoiselle imaginait déjà avec délice les effets sur un corps humain. Ou non-humain. Et en plus, une vieille et éphémère connaissance lui avait déjà expliqué le fonctionnement de ces petits capricieux-là. Elle serait juste quitte pour quelques égratignures les premiers jours, le temps que le manche accepte sa main.

Mais il était trop tôt encore pour penser à tout cela. Elle n'avait toujours pas trouvé comment lâcher ses agaçants accompagnateurs. Ou peut-être que si.

Si elle devait se casser la tête pour semer les lourdeaux dans le train, elle n'avait qu'à le faire en-dehors. C'est-à-dire... Maintenant.

Comme confirmant son idée, le Cinderella venait d'entrer en gare, et les compagnons de la jeune femme se dirigeaient déjà vers les portes ouvertes. Maintenant.

- Fûu, t'arrives?
- Non.

Un seul des membres du groupe s'était intéressé au sort de la demoiselle, restée immobile sur le quai. Un seul entendit sa réponse et écarquilla les yeux. Les autres étaient rentrés, déjà, sûr que les derniers les rejoindraient. Maintenant.

- ...J'ai encore des affaires à régler. Je monterai plus tard.
- Ah euh... Ok, mais...
- C'est qu'un train. On se retrouvera bien un jour. Si on crève pas d'ici là.

Sans attendre une quelconque réponse, Fûu planta là le groupe d'intrus qui croyait naïvement s'être fait une place dans son monde. Tant pis pour la chasse, elle ne commencerait qu'un peu plus tard. Au moins, elle était débarrassée.

Fûu se prépara donc à de longs jours à aller de bar en squat et à subir la vue tentatrice des courbes de sa guitare, seule.

La prochaine vie, Tokyo-Cinderella: seconde chance

Fûu, plantée sur un quai de gare, devant ce train qui serait sa prochaine vie. Pour peu qu'elle en ait encore une à vivre en réserve. Jusqu'ici elle en avait déjà usé beaucoup, bien qu'elle n'en garde de souvenirs que le strict minimum nécessaire.

Fûu, plantée sur un quai de gare, toutes les cartes de l'espérance en main. La guitare du passé heureux dans le dos, le fouet du présent simple en main, la porte vers l'avenir ouverte. Pourtant, en elle, aucun espoir, aucun rêve, aucune quête ne s'agitait. Juste le vide. Le noir. Et le sang.

Fûu, plantée sur un quai de gare, jeta la dernière cigarette de son paquet au sol d'un geste nonchalant, et se décida à monter à bord du train juste avant que, lassé, il ne l'abandonne sur place.

Son seul soucis, désormais: trouver quelqu'un à qui racketter sa prochaine clope.


Hum. Oui. C'est long, en fin de compte. Mais je tenais vraiment à tout raconter *^*
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MessageSujet: Re: Comme un disque qui raye d'avoir été trop écouté - Fûu (Complete~) Ven 16 Sep - 20:03

C'est sublime. Ca m'a prit du temps de tout lire mais je ne regrette pas, c'est une magnifique histoire que tu nous as pondu la. J'adhère et j'adore. Donc je valide pour voir ce récit continuer encore et encore ~

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Tu connais la suite ~
Bon jeu !

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MessageSujet: Re: Comme un disque qui raye d'avoir été trop écouté - Fûu (Complete~) Sam 17 Sep - 4:41

Owi! Owi!

Rien de tel qu'une pareille nouvelle dès le matin! o/

Sur ce~ Je m'en vais RP jusqu'à plus soif!

:fool1: :exciting: :crazy:
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« Fûu Koshi »

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MessageSujet: Re: Comme un disque qui raye d'avoir été trop écouté - Fûu (Complete~) Aujourd'hui à 5:32




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Comme un disque qui raye d'avoir été trop écouté - Fûu (Complete~)

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