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Eve, après la pomme

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MessageSujet: Eve, après la pomme Mar 11 Oct - 17:10

Quand une chose est vraiment blanche, c'est drôle, non?
Ca vous donne envie de la salir.
(Dr Nî - Saiyuki)






Nuit d'euphorie est toujours mère de matins douloureux. Fûu le savait pour en avoir fait tant de fois l'expérience. Mais cela ne l'empêchait pas de recommencer, immanquablement. D'autant plus lorsque le plaisir s'annonçait sans pareil à tous les autres.

Elle devinait que c'était ce genre de sommets qu'elle avait atteint la nuit dernière, compte tenu de son réveil plutôt mal en point. Les réveils comme cela, c'était de la douleur à l'état pur. Presque aussi efficace que les substances illicites qu'on avait pu s'injecter dans le sang la veille. Encore que, cette fois, si elle se sentait actuellement la proie d'un mal de crâne foudroyant et que chaque cellule de son corps lui paraissait à la fois amorphe et hyperactive, fébrile, affolée, en désordre, elle se rendait bien compte que ça n'avait presque rien à voir avec une gueule de bois. Ce n'était ni le contrecoup de quelque poison dont on aurait abusé, ni la douleur imaginaire qui subsistait tant qu'on n'avait pas trouvé le moyen de dissiper cette brume opaque de devant ses yeux. C'était une véritable douleur, avec une véritable cause physique, externe.

Mais Fûu n'en était pas encore à l'état des lieux de son propre corps; elle venait d'ouvrir les yeux. Et ce qu'elle devinait autour d'elle la préoccupait autrement plus que tout ce qu'elle pouvait ressentir en elle. En même temps, quand on se tire d'un sommeil digne d'une hibernation et que la première chose que l'on voit est une impressionnante croix ouvragée sur laquelle un pauvre crucifié vous surplombe de toute sa misère, le passage d'un coma éthylique doux et chaud à la réalité dure et froide du marbre sous les fesses se fait assez brusque. Encore que, le parallèle entre la mine de ce Christ débraillé et le légume amnésique pas mieux habillé qu'elle incarnait en ce moment pouvait prêter à rire... A condition de ne pas être croyant, bien entendu.

Encore toute troublée d'avoir partagé le lit d'un tel bonhomme, à savoir l'autel de la chapelle où elle se trouvait, la demoiselle en vint enfin au point central de son problème: par quel miracle -sans mauvais jeu de mots- se retrouvait-elle là? Elle ne savait même pas avant son réveil qu'il y avait un tel lieu à bord du Cinderella, avait-elle débarqué dans un accès de folie? Ou, plus probable, un Controller l'avait-il jetée par dessus bord? C'est vrai que sa tête lui faisait mal. Très mal. A l'arrière du crâne.
Histoire de vérifier, Fûu passa une main dans ses cheveux, à l'épicentre de la douleur.
Bingo: c'était bosselé et chaud et un peu humide. Et elle retrouva quelques gouttes rougeâtres au fond de sa paume en la ramenant vers ses yeux.
Une chose était sûre: la nuit avait été violente. Au moins en ce qui concernait le moment de s'endormir. Et puis, du coup, elle savait pourquoi elle ne se souvenait de rien.

Heureusement pour elle, son corps avait l'air de se rappeler de sa soirée de la veille dans les moindres détails: échevelée, les vêtements froissés et désordonnés, la peau constellée d'hématomes et de plaies plus ou moins importantes, son état disait tout, comme un témoin trop bavard qui gênerait la faculté d'oubli des esprits aux vies trop extrêmes.

Ragaillardie par la perspective de mener l'enquête sur ses activités répréhensibles - pour finir comme ça, elle n'était certainement venue ici dans l'idée d'y prier le bon Dieu -, la blafarde s'inspecta rapidement, en quelques coups d'oeil, puis revint plus précisément sur les meurtrissures de ses bras, les mieux placées dans son champ de vision limité; elle était toujours étalée entre l'autel et la croix, sur le dos, et avait levé les mains en l'air pour mieux voir quel récit la nuit avait tatoué sur sa peau.

En ce qui concernait son teint, rien à signaler, il était toujours bien trop livide pour une espagnole. Qui plus est sous la luminosité particulière du lieu de culte, tamisée, rougeoyante; les vitraux faisaient bien leur boulot. Par contre, ça et là se détachaient des dépôts de poussière, sur les égratignures, dans le repli des articulations, et ses cheveux étaient sales. La descente brusque du train qu'elle avait imaginée un peu avant? Non, cette option ne lui plaisait pas, elle ne laisserait jamais un Controller, ni personne d'autre, la virer du Cinderella contre son gré. Elle abandonna donc cette solution peu pertinente et se concentra sur ce qu'il restait: explosion? exploration d'un recoin abandonné aux araignées? simplement la poussière accumulée dans la chapelle, dans laquelle elle se serait traînée au point de s'en recouvrir elle aussi? Cette dernière possibilité lui semblait être la plus juste. Ou bien alors choisissait-elle en fonction du scénario qui lui plaisait le mieux. En même temps, bien des plaies s'apparentaient plutôt à des morsures acharnées et des griffures rageuses. Et qu'elle se fasse malmener par un First pour finir assommée contre l'autel était un déroulement des événements plus que probable.

Encore que... Elle était tentée de retravailler l'histoire. Donc oui, elle inventait selon son bon vouloir, mais quoi? cela changerait-il quelque chose à sa situation?
Elle reprit donc tout depuis le début, depuis la découverte de la chapelle. Un lieu où elle ne mettrait jamais les pieds que pour le profaner. Ca n'avait jamais été son grand fantasme, de s'envoyer en l'air sous les yeux d'un crucifié et d'un tas d'autres saints, mais pourquoi pas, après tout, elle avait un faible pour les choses défendues... Même si là, c'était quand même un gros cliché, qu'elle n'avait jamais tenté... Ou ne se souvenait pas avoir déjà tenté.

Oui mais... Les morsures? Il n'était pas impossible qu'elle se soit laissée aller avec une bestiole; elle chassait bien les humains, alors pourquoi pas une princesse un peu plus animale que d'habitude? L'idée lui tira son second sourire de la matinée; elle était étrangement de très bonne humeur, pour quelqu'un qui se réveille en si mauvaise posture. Finalement, son seul regret était de ne pas pouvoir vérifier laquelle de ses théories était la vraie, ni se rappeler de ce qu'elle avait ressenti cette nuit-là. Que le souvenir relève du sensuel ou de la torture, un être comme Fûu s'en délectait, s'il était un minimum vivace et marquant.

Cependant qu'elle hésitait donc entre une longue, fastidieuse, douloureuse, vaine introspection pour tenter d'exhumer la traduction plus concrète de ce que son corps lui laissait entendre, une petite sieste pour se remettre des émotions imaginées ou la témérité du projet de s'en aller de là pour... Quelque part, ailleurs, le grincement notoire d'une lourde porte que l'on ouvre transperça le silence de la chapelle. Ce son, qui fit également taire le tumultueux brouhaha dans le crâne de Fûu lui fit prendre conscience que, effectivement, il y avait un silence on ne peut plus pur et sacré. Un silence qui se prolongea encore après, dont elle profita, refermant les yeux, souriant toujours.

Un silence qui allait se briser. Maintenant.
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MessageSujet: Re: Eve, après la pomme Mer 12 Oct - 7:24

La côté religieux de la famille était varié, agréablement incarné par le chamanisme des aïeux lointains, et le caractère protestant des parents plus proches, pour finir sur un athéisme dérisoire. Mamie Svenn, et Mamie Timutit, respectivement maman du père et de la mère de la chose brune qui faisait son office au Cinderella, étaient chrétiennes, de là à enlever des mains de leurs agnostiques d'enfants la petite dernière pour lui coller le cul le dimanche matin dans une église. La petite n'avait pas spécialement apprécié, préférant au froids mur blanc de la cathédrale de Nuuk la chaleur douce de son lit. Depuis ce jour, elle avait prétexté je-ne-sais-quel maladie pour ne pas se lever le dimanche et devoir subir les longues litanies du pasteur, les pieds au chaud. Comme pas mal de monde, elle s'était penchée sur la Bible nettement plus tard, plus par curiosité scientifique que par foi. (de toute façon elle n'avait foi en rien, ô reine des Blasés qu'elle était, même la magie d'un bain moussant en plein hiver la laissait aussi froide qu'un contractuel devant une déclaration d'impôts).


Alors pourquoi prenait-t-elle le chemin de la Chapelle en toute âme et conscience ? C'était un peu comme demander pourquoi pour faire revivre des mammouths, on ne les collait pas dans les frigo, pourquoi les chats ronronnaient, pourquoi les autres files du supermarché allaient plus vite que la sienne, pourquoi les tartines pleines de beurre tombaient sur le tapis propre. En fait, il n'y avait pas vraiment de réponse, mais elle y allait juste comme ça, pour libérer son esprit (de touriste ?) dans le petit matin, histoire d'arrêter de se coller son TP sur la reproduction des lapins. Ou tout autre sujet étonnamment sympathique d'éthologie.

Elle avait enfilé rapidement une paire de bottes lacées, collé ses couteaux dans la poche intérieure de sa veste, par dessus un vieux pull pelucheux gris qui avait l'air d'être un cachemire passé trop longtemps au lave-linge. De toute façon elle s'en foutait magistralement, quasi tout le monde faisait la grasse mat'. Et vu les mœurs des gens du coin, l'émission religieuse du dimanche ne devait pas faire un gros score d'audience. La jeune femme était donc en route pour la chapelle, mains dans les poches de son blouson, se demandant combien de personnes y allaient pour une question de foi.

Thalia pensait que si elle aurait été un animal, une 1st Class, elle aurait probablement été un lemming, sorte de petit rongeur sauvage.. Ou une martre, une hermine, choses carnivores et solitaires, appréciant le calme et la quiétude de lieux divers. C'était pour ça qu'elle voulait aussi se recueillir, pour le calme de l'ambiance, le silence religieux qui régnait, pour ainsi décharger ses épaules, ses oreilles et sa tête d'un brouhaha continuel de paroles inutiles qui la frappaient comme un essaim d'abeilles, tournant autour d'elle sans jamais s'y arrêter, s'embrouillant dans une mêlée sombre.

Elle arriva devant le lieu sacré, vérifia que rien n'était trop indécent, un jean tombé trop bas en dessous de la taille par exemple. Elle n'était pas réellement croyante, plutôt agnostique que pieuse, mais elle avait du respect pour les religions, comme ses dimanches matins avec ses grand-mères se soldaient par une leçon de bonnes manières appliquées aux lieux saints (ce qu'elle n'avait pas spécialement retenu, mis à part quelques points que l'ont pouvait retrouver dans des monuments du genre la Chapelle Sixtine, ou les temples de Singapour). Elle entra en silence dans le lieu, essaya de ne pas se vautrer sur le sol froid, patinant un peu. La porte était lourde, avait grincé. L'édifice n'était pas grand, pas plus qu'une petite église danoise, mais il y régnait une atmosphère tellement différente par rapport à celle du train, qu'elle ne pouvait se résoudre à se détendre un peu, frissonnant néanmoins. Il y faisait un peu frais, sombre. C'en était presque austère. Un grognement, une sorte de râle avait alors détruit le paisible silence... Par mesure de précaution, la main de Nivi s'était approchée doucement de la poche où ses couteaux se trouvaient, même si elle ne comptait pas vraiment s'en servir.

La nordique s'avança, dans une posture de chasse, jusqu'à la proie, où plutôt le crétin qui avait eu l'idée de décuver dans un lieu saint. Au moins dans l'idée de lui passer une soufflante et de le laisser se désinhiber dehors à coup de pieds au fesses, en facultatif. Cependant, la chose qui traînait sur l'autel, comme une..méduse, espèce de tas informe semblait mal en point, à se demander si une bande de clampins n'avaient pas eu l'idée merveilleuse de se coller des beignes devant Dieu le Père. En s'approchant, avec prudence excessive et air blasé, Thalia se mit à reconnaître plus ou moins le mollusque qui lui faisait face. Au milieu du sang, des morsures, des traces malsaines sur son corps débraillé se trouvait une jeune femme. Comment vas-tu, Fûu ? Moi aussi je suis ravie de te revoir...

-"Bien le bonjour.... C'est étrange, je ne te pensais pas croyante...

Le ton, aussi froid et cynique que possible, disait tout de la relation réciproque que tenaient les deux jeunes femmes. Autant Thalia trouvait que Fûu n'était qu'une emmerdeuse dépravée avec autant de cervelle qu'un bulot mort, autant Fûu devait trouver la groenlandaise pour une grenouille de bénitier avec un léger penchant coincé. Si Thalia n'était pas (encore ?) une nonne, elle avait clairement mal commencé sa journée et allait probablement virer de la droguée/alcoolique d'ici peu. Fallait pas déconner. Elle croisa les bras, son regard blasé ayant changé pour un air sombre et plein de remontrances diverses. Chouette, encore une longue litanie de choses dont Fûu se foutait sûrement éperdument.

-"Bon, autant éviter de nous regarder en chien de faïence, ni de nous engueuler un peu plus... Je suppose que tu devrais au moins virer ta carcasse d'ici, non ?..."

Casse toi ma poulette. Le message avait le mérite d'être clair, mais la nordique savait par avance que sa collègue chasseresse irait de tout façon, histoire de la prendre un peu pour un dindon, refuser son offre et si possible massacrer le peu de patience qu'elle avait obtenu en une vingtaine d'année.

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MessageSujet: Re: Eve, après la pomme Mer 12 Oct - 13:20


- Bien le bonjour .... C'est étrange, je ne te pensais pas croyante...

Bah tiens... Fûu le sentait, que son silence n'allait pas faire long feu. Mais là, ça dépassait toutes ses espérances, sans qu'elle sache vraiment si elle s'était attendu au concentré de poisse habituel de l'alcoolique à la gueule de bois ou à une étonnante bonne fortune, à l'occasion de s'amuser un peu plus de la situation.

En tout cas, l'arrivée de Thalia au-dessus de son cadavre ne la laissa pas indifférente. Même, elle pensa pouvoir considérer cette intrusion comme un événement plutôt bénéfique, soit parce qu'elle avait définitivement cogné sa tête trop fort contre l'autel, soit parce que, effectivement, c'était une occasion en or de pousser la provocation jusqu'au bout. Un lieu sacré, il fallait le bafouer, une Thalia qui débarque, il fallait l'agacer, CQFD. Alors bon, oui, d'habitude, c'était Fûu la première qui craquait et désertait la conversation - ou le monologue, plus souvent - mais voilà, hier elle avait pris un coup sur la tête, aujourd'hui elle pourrait tout se permettre.

Elle entreprit donc de se redresser prudemment et de remettre ses vêtements en place, y décelant par là même les quelques déchirures, prolongement des plaies ouvertes sur ses cuisses et son torse, qui fragilisaient le tissu. Il lui sembla entendre la voix de son adorable prof de morale lui dire de s'en aller pendant qu'elle s'activait, les gestes lents et maladroits, mais concentrés. Ha, elle était marrante, elle. Ca se voit qu'elle ne s'était pas pris un autel dans la tête avant de rejoindre Morphée ni un Christ en pleine face dès le réveil. Ces choses-là sont quelques peu déstabilisantes. Et puis, pourquoi sa carcasse n'aurait-elle pas le droit de rester ici? Indécente, certes, mais s'il y avait là de quoi s'attirer les foudres du bon Dieu, elle ne sentait pour le moment pas l'ombre d'une décharge électrique...

Enfin, elle laissa là ces futilités, qu'elle reprendrait peut-être en paroles lorsqu'elle se sentirait à court de cynismes, en même temps qu'elle lâchait un grognement pour toute réponse à son interlocutrice, sans interrompre son manège. Pour le moment, elle se rentiendrait de tout écart de conduite vis-à-vis d'elle, attendant de voir ce qui allait suivre. Si c'était encore ses interminables discours, aussi barbants que... Rien; plus barbants que tout, en fait, elle se recoucherait entre son autel et sa croix. Ce misérable Jésus à l'agonie lui paraîtrait alors bien plus gai et sympathique que l'irréductible modérée.

Quoique... Avait-elle vraiment besoin d'attendre pour répondre? L'insolence ne prenait pas de rendez-vous. Et puis, une petite pique d'introduction, pour se mettre en jambes, ne ferait de mal à personne:

- Comment ça... Tu comptes me virer en pleine communion avec notre très cher ami ici crucifié? Nous étions pourtant en pleine méditation, partageant notre douleur et nos esprits de demeurés.

Ounch. Effectivement, pour la douleur, elle ne mentait pas. Se laisser tomber au lieu de s'allonger précautionneusement contre le marbre froid n'était pas une bonne idée après tout: sa tête recommençait à la lancer au point de brouiller sa vision. Néanmoins elle avait contenu toute manifestation extérieure et juste fermé les paupières pour pouvoir lancer sa réplique sans encombres, toujours désinvolte et décontractée. Son ton était cependant emprunt d'une lassitude notoire, plutôt que de l'ironie à laquelle on se serait attendu. Une façon d'ouvrir le jeu comme une autre. De toute façon, tant qu'elle réussirait à éloigner Thalia de son rôle habituel, à savoir la stricte éducatrice pour enfants paumés comme elle, elle ne se lasserait pas trop vite. D'ailleurs, la version cynique et exaspérée lui convenait tout-à-fait: on s'amusait plus facilement avec.

Alors qu'elle tentait d'imaginer l'effet de ses paroles sur la jeune femme, Fûu leva de nouveau les mains devant ses yeux, toujours allongée, et reprit son examen des preuves et la reconstitution des faits. En même temps elle songeait à la dame de glace - le surnom n'était dans ce cas-là pas mélioratif ni affectueux: était-elle si pieuse qu'elle squattait la chapelle à une heure aussi matinale? Qu'elle regarde plutôt les pastels de l'aurore, cette psychorigide, c'était autrement plus divin comme expérience. Tiens, et qu'est-ce qu'il se passerait si elle soutenait sa thèse de la profanation sensuelle de son précieux lieu de culte la nuit dernière? Si l'amnésique n'avait aucun souvenir de ce qu'il s'était passé, peut-être de quelque chose de bien différent que tout ce qu'elle pourrait déduire, elle avait toutes les preuves à sa portée, même pour appuyer un récit mensonger.

Elle y renonça cependant: Thalia savait pertinemment, ou du moins croyait fermement qu'elle était une dépravée de la pire espèce, elle avait sans aucun doute déjà adopté cette hypothèse d'elle-même, sans qu'on ait besoin de la lui raconter. Et ce mensonge ne ferait qu'engendrer une leçon de morale déjà cent fois entendue, jamais retenue. Ce serait la meilleure manière de gâcher le cadeau du destin, qui lui avait offert la bonne humeur et une victime sur un plateau d'argent, et au lit s'il vous plait!

Mais alors comment tirer parti des circonstances, pour le moins providentielles, au maximum? Evidemment, il fallait éviter de se faire chasser à coups de pieds aux fesses. Si elle n'était pas à l'agonie, sa migraine et les quelques blessures un peu plus profondes que les autres entraveraient ses mouvements et ses réactions. De quoi faire la différence si elle avait à éviter de se faire embarquer. Elle avait beau mépriser Thalia, celle-ci n'en était pas moins, comme elle, une chasseresse. Quant au jeu des répliques auquel elles avaient des chances de se livrer maintenant, il pouvait s'essouffler et retomber très vite. Et puis, juste parler, ça ne suffirait pas. Il faudrait que...

... Un sourire passa sur les lèvres de Fûu, irrésistible. Une seconde après, elle l'avait chassé mais, au fur à mesure que son idée prenait forme dans sa tête, sa jubilation montait d'un cran.
Pour une matinée avec la détestable Thalia, tout semblait s'annoncer pour le mieux, finalement.

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MessageSujet: Re: Eve, après la pomme Lun 17 Oct - 14:41


- Comment ça... Tu comptes me virer en pleine communion avec notre très cher ami ici crucifié? Nous étions pourtant en pleine méditation, partageant notre douleur et nos esprits de demeurés.



Oooooh le joli blasphème. Communion ? Demeurés ? Douleurs ? La seule envie de Thalia à ce moment divin était de coller son pied au cul de la demoiselle en toute bienséance, lui prouvant de se fait que sa prétendue douleur n'était que méritée. Mais restons polis, la violence ne sert à rien. L'œil sombre, le visage blasé, l'aura de charisme de mollusque étaient bien là, autant qu'une exaspération visible. C'était formidable, à chaque fois qu'elle ses voyaient elles étaient forcément obligées de s'en foutre plein la tronche, de ces petites piques qui finissaient par être aussi nombreuses que celles d'une colonie de hérissons au bout d'une soirée. Mention spéciale si Fuû avait avalé un verre de trop.

L'effet qu'avait produit ces simples mots sur la nordique était amusant. Au lieu de soigneusement répliquer avec une éloquence mesurée, elle avait laissé échapper à voix basse un léger juron, marque de sa simple frustration devant l'infortunée, qui devait probablement jubiler vu la gueule que tirait Thalia. Le genre de tête qu'un prof d'histoire de collégiens tirait devant "La Guerre froide, avec Roosevelt et Lénine, opposait deux puissances dont une froide (la Russie) et c'est pour ça qu'on l'appelle la guerre froide et une chaude mais ça on s'en fout". Au moins, ça avait le mérite d'être clair. Elle inspira doucement, un sourire sans joie collée aux lèvres, espérant que tout ne parte pas en live.

Autant espérer voir apparaître Dieu le Père dans la nef.

Thalia ne vit pas le sourire de Fûu. Quand aux pastels de l'aurore, ainsi nommées dans l'esprit de son antagoniste, il se réservait aux aurores boréales. Pour le reste, tout était gratifié d'un air blasé, insensible. "Oh tiens, le Sacré Cœur"..."ouais...". L'expressivité d'une belette empaillée alliée à l'agressivité d'une martre et la bonne humeur d'un ours affamé. Cocktail explosif (de la menthe dans votre coktail Molotov, m'sieur ?)


- Et tu comptes décuver longtemps sous l'hôtel, ou boire le vin de messe pendant que tu y es ?


Et c'est reparti pour un tour, une nouvelle pique lancée avec un ton suitant d'amertume. Si ses mots seraient tombés à terre, ils auraient cramé le sol, tel de l'acide orthographique. Son accent dur et légèrement germanique du danois mélangé aux sonorités inuits devait également être sympathique, à travers le traducteur du Cinderella. Autant dire qu'elle n'avait rien de la diva, contrairement à la loque qui était devant elle. toujours désinvolte et décontractée.La loque, oui, car pour la brunette, la jolie chose devant elle n'était rien qu'une coquille emplie d'alcool et de produits aussi sains que le pesticide que Mamie Svenn collait dans son jardin danois pour achever les limaces et les bestioles qui venaient pourrir son terrain. (Les taupes, elle les négociait à la pelle, technique familiale).

A ce moment, Thalia eut l'envie de lui faire subir le même sort, soit de l'assommer avec une dite pelle. Ou avec un crucifix, vu que les pelles manquaient un peu dans la chapelle. Bref, elle n'avait toujours pas viré sa main de sa poche, glissant ses doigts sur le métal de ses couteaux, s'efforçant à ne pas les lancer n'importe où. Un vitrail brisé couterait cher. L'œil de la jeune femme en face d'elle un peu moins. Mais blesser une collègue 2nd Class briserait définitivement son image de prêtresse de la modération. (mais sa réputation de casseuse de pieds, nettement moins)

Elle décida de s'éloigner de quelques pas, s'asseyant sur un banc en chêne, le nez en l'air. Elle allait ignorer soigneusement sa comparse, rester zen et calme, en attendant qu'on lui propose des cours de yoga. Ça l'aiderait peut-être à refréner son principal défaut, soit qu'elle était "un poil" impulsive. Le mec qui lui avait volé sa gamelle de bouffe s'était pris le tupperware de compote dans la tronche, par dépit. Il s'était retrouvé avec le visage couvert de purée de pomme "pour aller avec le sandwich que tu m'as tiré ce matin pendant que j'avais le dos tourné", avait t-elle dit. Beau souvenir en perspective.

Le mauvais caractère de la nordique allait loin à l'encontre de Fûu. Elle était alors à l'épreuve, dans cette chapelle, un sourire crispé aux lèvres. Rien de mieux pour stresser la bête. Après tout, si la jeune femme cherchait les limites de la groenlandaise, les trouver n'allait pas être très ardu... Une simple goutte d'eau pouvait faire déborder un vase, après tout...
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MessageSujet: Re: Eve, après la pomme Mer 19 Oct - 9:19


- Pouah, le vin de messe...

Les mots avaient franchi ses lèvres sans crier gare. A en juger par son intonation, Fûu n'avait pas l'air plus intéressée par ce qu'il se passait dans la nef, trop préoccupée par les petites traînées de sang qui décoraient ses bras. Pourtant, même si sa pensée n'avait été que distraitement formulée et prononcée, jamais pensée n'avait été aussi profondément ancrée dans l'esprit de l'espagnole. Sans rire: le vin de messe était le souvenir le plus poignant qu'elle conservait de sa toute première vie - celle où elle ne vivait pas encore, et dont elle ne se rappelait pas sans trous de mémoire aussi béants que des canyons.
C'était aussi le pire cauchemar de ses jeunes années. Imaginez la très catholique Espagne et tous ces fervents croyants, terrés dans leurs patelins, à égrainer leurs chapelets et leurs dimanches matins en messes au lieu d'égrainer les heures en grasses matinées et leurs minutes en bains de soleil sous la chaleur estivale andalouse.

Fûu se demandait bien comment elle avait pu supporter ça sans en mourir, à longueur d'années... Elle ne pouvait même pas profiter du lever de soleil: pour une raison inconnue, l'office du dimanche se faisait à l'aube. Et l'absentéisme n'était pas permis. Surtout lorsqu'on est marginale du prénom et une fille à papa-maman.

Eh bien croyez-le ou non, mais la fillette fit à l'occasion de ces moments de prière et de chant l'une des rares bêtises que son enfance aura jamais su tolérer. Tout simplement, alors que l'église se vidait dans les rires et les conversations, par une curiosité qu'on ne lui soupçonnait pas, elle s'était emparée de la coupe où restait un fond de sang du Christ et l'avait bu d'une traite. Le pourquoi du comment demeura après ça un mystère, y compris pour elle, en tout cas elle récolta des maux de ventres retourneurs-de-foie pour les trois jours suivants. Sans doute une punition divine.

Aujourd'hui la grande débauchée à l'haleine immunisée aux solutions en tous genre se sentait toujours mal à cette réminiscence. Qu'elle soit tombée sur un millésime de moisissure ou que la foi ait un goût intolérable pour son palais, elle n'avait plus jamais retenté l'expérience, curieuse ou non. C'est en avalant du venimeux que les jeunes animaux apprennent ce qui est bon à manger, dit-on...

Enfin, la chasseresse était toujours avachie sur son autel, le goût du vin de messe en bouche et la curiosité envers ses blessures dans le regard. Et elle n'avait toujours pas esquissé le moindre geste pour exécuter le plan que venait de pondre son crâne douloureux. Au lieu de déblatérer des heures sur les cuvés des curés, il valait mieux se concentrer sur le meilleur moyen de tirer profit de cette fausse gueule de bois et de l'employée du room-service de la chapelle. Fûu laissa donc retomber ses bras en croix, veillant à ne pas les laisser heurter trop violemment le marbre sous elle, quand même.

Malgré tout elle ne tenta rien à l'encontre de Thalia, et n'envisagea même pas de se redresser pour lui faire face.

Non pas que l'envie lui manquait, la perspective de mener la trouble-fête par le bout du nez pendant un moment lui était tout à fait plaisante. Quant à l'énergie, qu'elle avait pour le moment en négatif, rien d'insurmontable. Rien ne l'empêchait de lancer les hostilités, et pourtant elle restait là, allongée, inerte. D'ailleurs, le plafond de cette chapelle n'avait rien d'extraordinaire. Quoique c'était quand même pas mal d'avoir pu reconstituer la texture particulière des vieilles pierres et de pouvoir contempler cette clef de voute parfaitement taillée dans le roc, à bord d'un train. Parce que si Thalia était là, c'est bien qu'elle n'avait pas été jetée par-dessus bord, n'est-ce-pas? (le choc de s'être réveillée dans un lieu aussi incongru empêchait ses doutes de se dissiper tout-à-fait, en plus d'un manque d'intérêt flagrant pour ce mystère-ci)
De toute façon, dans tout ça, il n'y avaient que son Christ miséreux et son autel froid qui tenaient la route. L'un pour partager sa solitude et sa douleur, et aussi pour l'encourager à faire ce qu'elle avait prévu - si le Fils approuve, il n'y a pas à se poser plus de questions - l'autre pour faire office de glaçon sous la boîte crânienne qu'il avait du lui-même défoncer, complice de son agresseur anonyme. Ca ne saignait pas des masses, mais Dieu que ça faisait mal.

Bon, allez. Il était temps de s'y mettre, sinon d'autres rabats-joie, qu'elle devinait beaucoup moins intéressants, allaient ramener leur fraise et leur foi du dimanche matin.
Fûu se redressa et darda un regard euh... Egal à lui-même, dans les yeux de Thalia.
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Eve, après la pomme

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