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"Et mes rêves s'accrochent à tes phalanges" ► Julie O. Dasilva

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MessageSujet: "Et mes rêves s'accrochent à tes phalanges" ► Julie O. Dasilva Sam 14 Jan - 16:35

۩ Julie Ode Dasilva ۩



Original © Sawasawa
"L'étincelle dans son regard est intacte, mais elle a comme un faux contact dans le sourire."

Fiche d'identité

Né(e) : douze mai
Age : dix-huit ans
Sexe : féminin
Nationalité : française
Groupe voulu : waiters, encore, toujours. What else ?
Poste : aucun
Animal/ Talent/Arme : (attendre réponse de l'administration)
Situation amoureuse : "lonely, i am so lonely, i have nobody."
Surnoms : à votre bon plaisir
Chanson thème : "Don't worry life is easy."

Votre caractère


Le caractère, c'est quoi ? Une liste de qualités et de défauts, passée au crible par notre entourage, analysée dans ses moindres recoins, que l'on tente de dissimuler tant bien que mal à l'aide d'artifices divers et variés. Oui, de nos jours, ça se résume plus ou moins à ça. Mais à quoi ça rime de dire que l'on est un schizophrène totalement sain d'esprit ? A quoi ça sert d'essayer de se voiler la face, en affirmant que malgré nos tendances à devenir très rapidement hystérique, on arrive toujours à se calmer en moins de deux secondes ? Honnêtement, moi, si l'on me balançait ça je n'y croirait pas. Déjà parce que ce sont des affirmations relativement invraisemblables. Ensuite parce que je suis persuadée que le « caractère » d'un individu dépend de la personne avec laquelle il se trouve. Je sais que je n'agis pas de la même façon avec un ami qu'avec quelqu'un que je déteste plus que tout ; ça me semble dans l'ordre des choses. J'estime qu'une personne à le droit de se mettre en colère, même si en temps normal elle a un esprit plutôt posé. C'est légitime, non ?
Bref, voilà, je ne compte pas m'épancher davantage sur le sujet. Je suppose que ça vous ennuierait plus qu'autre chose. Je voulais juste vous expliquer pourquoi je comptais davantage vous montrer ma façon de voir les choses que de me lancer dans l'écriture d'une liste des éléments qui vont et ne vont pas chez moi. Ou en tout cas, c'est l'objectif que je me suis fixée. Reste à savoir si je vais arriver à le toucher, ne serait-ce que du bout des doigts. Je l'espère.

Soit. Le matin je me réveille, généralement l'horloge indique dix heures passées. Je regarde la trotteuse caresser le tour du cadran, bien à l’abri sous l'épaisse couverture de ma couchette. Je ne me presse jamais le matin, avoir à se dépêcher dès le réveil est un des trucs que je déteste le plus au monde. Alors j'attends. Il m'arrive de rester des heures ainsi, en ayant pour seule occupation la contemplation des aiguilles de l'horloge. C'est stupide, certains diront même que c'est un pur cliché digne d'un feuilleton idiot, mais sincèrement ça me calme. C'est reposant. Tellement qu'en fait la plupart du temps je me rendors.
Enfin. Je finis toujours par me lever. Je fais partie des Waiters, mon but est de divertir les passagers du train, ce serait un comble que je ne sois jamais là. Donc même s'il ne m'aperçoive pas avant le début de l'après-midi, je suis là. D'abord je prends un café (je suis une addicte du café. C'est affreux, je ne peux pas m'en passer. Je peux en boire des tasses et des tasses sans m'en lasser, jusqu'à ce que mon cerveau soit au bord de l'overdose. Un jour j'arrêterai, promis.), et puis je commence à me promener dans ce train étrange et fascinant qu'est le Cinderella. (Franchement, il est IMMENSE. Je ne suis même pas sûre d'en avoir encore fait entièrement le tour.) Et tout en avançant, je regarde les murs, le plafond, le sol, le paysage qui défile. Je regarde les enfants qui courent, les jeunes qui discutent, rient et pleurent, les vieux qui observent la vie défiler lentement devant leurs yeux, avec ce petit sourire aux lèvres qui n'appartiennent qu'à eux. Je regarde aussi mes pensées se bousculer dans ma tête, comme un millier de petites billes d'argents. Bim, bam, clang, viou.
Lorsque j'ai fini de tout bien regarder, je me pose quelque part. Généralement par terre, plus ou moins cinq à dix minutes après avoir commencé ma marche. Dès que je me lasse à vrai dire. Et je me lasse très vite. J'ai une tendance à abandonner rapidement mes projets. J'ai plein d'idées, mais je finis toujours par les laisser de côté. C'est comme ça que je me suis retrouvée à essayer plein de trucs. J'ai voulu faire de la photo, du dessin, écrire un roman, devenir comédienne, puis artiste de cirque. J'ai essayé d'apprendre la peinture à doigts, de pieds et de mains, j'ai voulu devenir l'inventrice de la machine à se téléporter, j'ai essayé d'entrer dans le livre des records dans la catégorie mangeurs de bonbons. A chaque fois, j'ai arrêté au bout de deux jours. C'est ainsi, je débute, et puis je me rends compte que je n'ai aucun don, ça me démoralise, et je finis par fuir. Un peu pitoyable, je m'en rends bien compte. Mon peu de confiance en moi est une des choses les plus négatives et les plus lourdes que je porte. En fait, je suis tout simplement persuadée que je ne peux rien faire par moi-même. J'ai toujours un semblant d'espoir au départ, mais il s'évanouit avant d'avoir ne serait-ce qu'entraperçu la ligne d'arrivée. Quoique j'exagère. Il y a bien une chose que je sais faire et que je n'arrêterais pour rien au monde... Mais on ne peut pas dire que ce soit quelque chose de vraiment spécial et d'exceptionnel.
Je lis. Juste, tout simplement. Une fois que je suis posée sur mon coin de parquet, je prends un livre dans mon sac, et je commence à le lire tout haut. Ceux qui veulent écouter s'arrêtent, les autres passent leur chemin, peu m'importe. J'aime ça. Et ça permet de divertir les passagers. J'avoue que j'ai d'ailleurs beaucoup réfléchi à ce problème quand je suis arrivée dans le train. On m'a demandé de « rendre la vie plus belle aux passagers du train ». Mais qu'est-ce que je pouvais bien faire, hein ? Je n'en avais pas la moindre idée. J'ai dû chercher pendant une bonne semaine, jusqu'à ce que j'ai l'"illumination". Apparemment ça plaît, j'en suis bien contente. Je raconte donc mes histoires jusqu'au début de soirée, lorsque tout le monde commence à se diriger vers leurs compartiments histoire de souffler un peu. Là je me relève, et je me mets à rentrer tout doucement. Souvent je me perds. Je rencontre des gens par-ci par-là, qui me font rire aux éclats ou m'énerver. Et puis je retourne dans ma couchette. J'écoute de la musique. Je visionne un film à l'eau de rose sur le vieux poste de télévision. J'observe la trotteuse caresser le cadran de l'horloge. Je m'endors.
Pour que le lendemain, tout recommence.

Bon. Je n'ai pas pu m'empêcher de glisser quelques uns de mes défauts dans ma description. C'est tellement facile de laisser échapper les mauvaises choses sur soi-même. Trop facile. J'en suis vraiment désolée. Enfin. Pour terminer tout ça, je vais vous dire plus ou moins ce que je pense de moi, histoire d'éclaircir ce qui aurait pu vous échapper. Voilà, j'estime être quelqu'un de... Banal. Oui, voilà, banal. Quand j'ai envie de crier, je cris. Quand j'ai envie de sourire, je souris. Et puis c'est tout. Je ne me casse pas la tête. Je n'essaye pas de contrôler la mécanique de mon cœur comme a voulu le faire little Jack. Je laisse la vie me porter. A vous de voir si, avec vos idées bien classées d'adultes, vous avez envie de ranger ça dans le tiroir des qualités, ou dans celui des défauts.

Belle histoire, histoire ancienne. Votre passé.


Douze mai mille neuf cent quatre-vingt quatorze ; dix-huit heures cinquante et une minutes.

Pour la première fois, je vois. La lumière blanche du monde m'aveugle, je cris à m'en déchirer les poumons, j'ai chaud et froid à la fois. Mon nom est Julie Ode Dasilva. Un drôle de nom. Je le trouve déstructuré, comme si, au lieu d'avoir voulu créer un ensemble harmonieux, on avait choisi mes prénoms au cas par cas. Ce qui, en réalité, est ce qui s'est passé. Mon premier prénom, Julie, a été décidé d'office par ma mère. Elle voulait quelque chose de simple, capable de se fondre dans la masse, par simple envie de contradiction avec cette mode des prénoms bizarres qui commence à prendre de l'ampleur. Mon deuxième prénom, Ode, a été trouvé par mon père. On lui a demandé de choisir. Alors il a ouvert le dictionnaire, et il a cherché dedans jusqu'à dénicher un mot l'inspirant plus qu'un autre. Mes parents sont des personnes avec une étrange façon de fonctionner. Quant à mon nom de famille, personne n'a eu son mot à dire, forcément. Mais je peux vous en parler aussi, si vous voulez. De toute façon, il n'y a pas grand chose à dire dessus. Il est portugais, parce que c'est le pays d'origine de mon père. Mais en fait nous vivons en France, parce que ma mère vient de Paris et que la majorité de ma famille se trouve ici.

Voilà.

Pour en revenir au moment présent, sachez que je me trouve actuellement dans la chambre numéro quatre cent vingt-quatre d'un petit hôpital parisien. Enfin, si un hôpital peut être petit dans Paris, bien sûr. Mais le plus important, c'est que j'ai faim. J'ai très faim. Je passe de mains en mains, les laisse me mesurer et me peser avec cette sorte de fébrilité qu'ont de plus en plus d'adultes. Comme s'il était d'une importance vitale de mettre des chiffres et des mots sur le petit être que je suis. Et pendant ce temps, je crève la dalle. Honnêtement, il ne pourrait pas me donner un biberon, avant de me regarder dans les oreilles ? Pour la peine, je cris encore plus fort. Peine perdue. Ça les fait juste tous sourire, avec leurs belles dents blanches bien alignées et leurs yeux débordants d'affection. Ils me bercent, comme si ça pouvait changer quoi que ce soit à mon hystérie, puis commence à me laver et à m'enfiler un pyjama rose. Pourquoi rose, je vous le demande. Peut-être qu'ils pensent que ça me rendra plus calme d'avoir cette couleur sur le dos. N'importe quoi. J'ai juste faim. F-A-I-M. Je vois pas ce qu'il y a de si incompréhensible là-dedans. Tiens, ils viennent de me poser tout contre ma mère... Elle a bien chaud, c'est agréable. Je sens son cœur battre contre ma tête, tout doucement. La vie me paraît très calme d'un seul coup, je suis bien. Lentement, j'entends mon cri s'atténuer, jusqu'à ce qu'il disparaisse. Et c'est le moment que choisit l'infirmière pour se ramener avec un biberon plein à craquer d'une boisson laiteuse. Sérieusement.

Je ne comprends absolument rien aux adultes.

Trois août deux mille un ; sept heures vingt-deux minutes.

C'est les vacances. Les v a c a n c e s. Allongée dans mon lit, plongée sous ma couverture en laine – celle qui me chatouille le nez –, je me répète ces mots avec délice. L'idée que pendant encore des jours et des jours je vais pouvoir profiter d'heures entières à jouer, à plonger dans les vagues avec mon père et à manger des tartes aux pommes de ma grand-mère, me rend euphorique. Je me sens juste fichtrement heureuse. Les minutes passent, je les laisse me filer entre les doigts. Mon être entier est sérénité, tandis que je me demande ce que je pourrais bien faire. Il y a tellement de possibilités que j'en reste indécise. Est-ce que je dois aller réveiller mes parents ? Est-ce qu'il faut que je file dans leur chambre, que je bondisse sur leur lit en criant que c'est l'heure de se lever ? Je jette un rapide coup d’œil à mon réveil à pois – celui qui fait tic tac sans arrêt –, il indique à peine sept heures et demi. Un peu tôt peut-être. Alors quoi ? Je pourrais descendre dans le petit salon en bois de mes grand-parents et allumer la télévision pour regarder les dessins-animés. Mais si mon grand-père me trouve, je risque de me faire taper sur les doigts. Mon euphorie commence à se restreindre, je serre Doudou contre ma poitrine, comme s'il était capable de me donner une idée. Doudou, les adultes diront que c'est juste un bout de tissu blanc dont je me séparerai plus tard. Moi je dis que c'est plus que ça. C'est mon meilleur ami, mon confident et mon plus grand amour à la fois. Quand je serai grande, je me marierai avec lui. Voilà. Je sens mes lèvres se pincer, mes yeux se plisser, je me concentre. Et puis mon regard tombe sur le livre que j'ai commencé à lire hier. Je sens tout mon corps se détendre, un léger sourire vient même flotter sur mes lèvres. Je me demande bien comment j'ai pu ne pas y penser plus tôt.

Doucement, je glisse sur le côté pour attraper la couverture colorée. J'allume ma petite lampe de chevet – celle qui diffuse une jolie lumière orangée – et me redresse sur mon oreiller. Je passe le dos de ma main sur la reliure, feuillette les pages à l'aide de mon pouce, m’enivrant de l'odeur particulière d'un livre. Je ne sais pas combien de temps passe comme ça. Je lis quelques passages par-ci par-là. Je ne comprends pas tous les mots. Mais peu importe. Enfin, le plus délicatement possible, je place Doudou devant moi, bien confortablement sur mon lit. Je pose un doigt sur mes lèvres pour lui intimer un silence qu'il a déjà en permanence, avant d'ouvrir le roman à la page où je m'étais arrêtée. Et puis je me lance. Ma langue se délie, les mots fondent sur ma langue comme un bonbon au caramel. Ma voix résonne dans la petite chambre jaune – celle que me prête toujours mon grand-père et ma grand-mère –, j'ai l'impression d'être dans une bulle. Une bulle toute douce, irisée, lisse comme celles de savon. Plongée dans ma lecture, je vois à peine le jour se lever. Ma couverture ne me chatouille plus, le tic-tac du réveil ne parvient plus jusqu'à mes oreilles, la lumière de ma lampe me paraît inutile. Quelqu'un toque à la porte de ma chambre, je ne l'entends pas. Ma mère entre, faisant grincer légèrement le parquet sous ses pas. Elle me regarde quelque temps, c'est à peine si je la vois. Ou plutôt si, je la vois, mais je n'en ai pas vraiment envie. Ma mère est quelqu'un d'étrange. Elle a un très fort esprit de contradiction, sait ce qu'elle veut et ce qu'elle ne veut pas. Généralement, ce que je veux correspond avec ce qu'elle ne veut pas. C'est énervant. Je n'ai pas le droit de prendre de vraies décisions toute seule. Peut-être parce que je suis trop petite encore. Je ne sais pas. Je verrai en grandissant, sans doute. Quoiqu'il en soit, en ce moment quand je suis seule avec ma mère, c'est la semi-guerre, c'est pourquoi je prends mon temps pour finir mon chapitre. Je traîne sur les mots, tourne chaque page avec une lenteur démesurée. Enfin, le dernier mot claque sur ma langue et je me tais, remerciant d'un signe de tête Doudou de m'avoir écoutée. Un silence s'installe. Puis ma mère prend la parole de sa voix rendue un peu rauque par la cigarette.

« Bon. Descend, on va prendre le ptit' déj'. »

Avec un soupir, je me demande depuis combien de temps elle n'a pas prononcé mon prénom. Je ne trouve pas.

Vingt-sept novembre deux mille huit ; seize heures quarante-huit minutes.

Le chemin entre chez moi et l'école est à peu près long de quarante mille années lumières. D'accord, j'exagère un peu. En fait, il ne doit pas faire plus d'un ou deux kilomètres. Mais là, je me sens tellement lourde et pesante, avec mon sac plein à craquer de livres (que je trouve, soit dit en passant, tous plus inutiles les uns que les autres) et mes réflexions de petite adulte, que la route boueuse entre le collège et la maison me paraît interminable. Des nuages grisâtres s'accumulent au-dessus de ma tête. Tandis que j'avance, je regarde mes pieds. Mes pensées voguent vers les incidents de ma journée. Je songe à cette fille qui prétend être mon amie et qui me laisse tomber à tout bout de champ. Le pire, c'est qu'à chaque fois que j'essaye de lui dire que ça ne peut plus se passer comme ça, elle me coupe la parole avec ses explications. Elle a toujours un milliard d'explications. Je n'en ai rien à faire, mais c'est tellement usant de lutter contre ce flot de parole que je me laisse adoucir. Et le lendemain, elle s'éloigne à nouveau de moi. Un jour ça me tuera. Quelques garçons de ma classe passent devant moi avec leurs vélos, tous explosés de rire, et je rentre un peu plus ma tête dans mes épaules. Des tâches de terre humide viennent consteller le bas de mon jean. Mon cœur se serre. Si vous saviez.

Je me sens moche, mais moche. Affreuse. Je suis énorme, toute petite, mes cheveux me tombent devant les yeux. Mon nez fait une petite bosse que je déteste. Oh que oui, je la hais cette bosse. Et pour conserver une peau à peu près convenable, je suis obligée d'utiliser UNE ARMEE DE CREMES POUR BOUTONS. Mes parents ont beau me dire que non, je suis très jolie, qu'il faut que j'arrête de penser comme ça, je ne les crois pas. Je sais quand même ce que je vois dans le miroir. Soit : une ombre hideuse. Putain. J'en ai marre. Je veux crever. Je veux me laisser tomber au bord de cette route débile, me rouler dans la boue, jusqu'à me noyer. Là, peut-être que les gens de ma classe se rendraient compte que j'existais et ô combien ma mort est une chose terrible. Ils viendraient sur ma tombe, pleureraient un peu pour faire bien. Ils balanceraient peut-être même une ou deux phrases nostalgiques sur moi. Et puis ils rentreraient chez eux et grandiraient, en pensant encore de temps à autre à cette pauvre Julie Dasilva. Mouais. Pas terrible, j'ai fais mieux.

Oui, je sais, c'est débile. Des fois, j'imagine comment ce serait si je décidais de me suicider, ou si une voiture me passait sur le corps. Je pense aux personnes qui me pleureraient, et à ce que la vie pourrait être sans moi. C'est vraiment, vraiment, vraiment stupide. Mais j'en ai besoin. Ne serait-ce que pour remonter légèrement l'estime que j'ai de moi-même. N'empêche, si quelqu'un venait à savoir ça, je crois bien que je mourrais de honte.

Une goutte d'eau vient s'écraser sur mon nez. Je lève les yeux pour découvrir que la vague couverture grise s'est transformée en montagne de nuages noirs. La pluie commence à tomber, d'abord tout doucement, tombant sur l'herbe dans un bruit de boîte à musique cassée, puis à verse, plutôt comme un orchestre symphonique désaccordé. Je me mets à courir, essayant de passer entre les gouttes. C'est mort. J'arrive devant chez moi, je suis trempée jusqu'aux os. Fébrilement, je cherche mes clés dans ma poche, avant de les faire tomber dans une flaque. Génial. Je les ramasse d'un geste las et pénètre enfin dans le vestibule. Mes chaussures vont s'écraser dans un coin, je lâche mon sac près de l'escalier, puis grimpe les marches quatre à quatre. Le cœur gros comme une baleine bleue, je m'enferme dans la salle de bain et fonce sous la douche. L'eau chaude perle sur mes cheveux. Je mes sens couler de partout. Oui, parce que moi quand je pleure, c'est pas des petites larmes discrètes comme dans les films. Non, moi c'est de la morve qui sort de mon nez, une fontaine d'eau qui jaillit de mes yeux, et tout ce que vous voulez. Encore une bonne raison de me trouver laide, youpi. Mais bon, quand je sors de la pièce d'eau, emmitouflée dans mon sweat préféré, les cheveux encore humides, je me sens tout de même un peu mieux. J'ai l'impression qu'un petit poids est sorti de ma tête. J'ai peut-être l'air débile quand je pleure, mais au moins ça me fait du bien. Et ça m'aide à réfléchir.

Ma résolution pour l'an prochain, ce sera de réussir à faire au moins un truc bien dans ma vie. Par moi-même.

Six avril deux mille onze ; vingt-deux heures douze minutes.

J'ai dix-sept ans. Les années passent si vite. Je les regarde passer, et plus je grandis, plus elles me paraissent petites. Assise devant la fenêtre de ma chambre, je pense à toutes ces choses que j'ai faite dans ma vie. Les petits riens qui ont constitué mon quotidien. Et je me dis que tout ça, tous ces trucs, sont biens futiles. Parce que tout au long de mes dix-sept années, je n'ai cessé de faire ce que l'on attendait de moi, et uniquement ce que l'on attendait de moi. Je n'ai jamais osé vivre comme je l'aurais voulu. Doucement, je colle mon nez contre la vitre froide, mon regard se perd dans la nuit. Il n'y pas de lumière dans ma toute petite ville. A peine celle des étoiles. Rêveuse, je m'imagine Paris, avec ces milliers d'ampoules illuminant les avenues, ces voitures filant dans les rues, pleins phares. Déjà dix ans que nous avons déménagé de la capitale pour nous installer dans ce village. Je ne me rappelle quasiment plus de la ville où je suis née. C'est bête. Trop bête.

Un ange passe.

Un moment où je ne pense absolument à rien, mis à part au bout de mon nez contre la fenêtre. Je vois mes souvenirs défiler, vifs, rapides, insaisissables. Pas du tout comme dans les films. Je me rends compte que parmi la tonne de choses que je n'ai pas expérimenté, il y en a une qui manque vraiment à mon existence. Si on peut dire ça comme ça. Enfin voilà, je n'ai pas encore fait quelque chose de bien par moi-même. Quelque chose de stupide, quelque chose sur un coup de tête. Quelque chose que j'aurais décidé, moi et seulement moi. Les rouages de mon esprit se remettent lentement en marche, comme si quelque chose venait de se débloquer là-dedans. J'ai l'impression de fonctionner au ralenti. Tel un automate, je me relève et vais chercher ma paire de ciseaux dans ma trousse. Là, je fais le premier truc idiot de la soirée.
Je me coupe les cheveux. Ces cheveux qui me tombent dans les yeux, qui pèsent si lourds, je les cisaille, mèche par mèche. Clic, clic, clic. Le sol se couvre de légers fils bruns. Une fois que j'ai fini, je me regarde dans la glace. Et je me dis que décidément, la vie c'est pas du tout comme dans les romans. Dans un livre, l'héroïne se retrouve toujours avec un joli carré parfaitement droit. Alors que moi, ça donne plutôt un truc déstructuré. Comme mon nom. Tant pis. De toute façon, ça ne peut pas être pire qu'avant.
Ensuite je me dis que ce n'est pas assez. C'est bien beau, j'ai moins de cheveux qu'avant, mais ça ne suffit pas. Il faut que je fasse plus, que j'aille plus loin. Alors je prends un sac, y balance des affaires en vrac. Aussi silencieusement que possible, je descends les escaliers. Le moindre grincement fait battre mon cœur à quatre cent à l'heure. De là où je suis, je peux entendre mes parents en train de regarder la télévision. S'ils me voient, je suis morte, mais m o r t e. Très lentement, j'ouvre la porte d'entrée, maudissant ce crissement qu'elle fait à chaque fois qu'on enclenche la poignée. Et puis je sors. L'air du dehors pénètre dans mes poumons et me tire un léger sourire. J'ai un peu de mal à réaliser ce que je fais je crois. J'ai l'impression qu'une dose énorme d'adrénaline vient d'être propulsée dans mes veines, et me pousse à aller de l'avant. Calmement, je glisse un mot dans la boîte aux lettres, histoire que mes parents ne paniquent pas TROP. Avec un peu de chance, mon père empêchera ma mère de venir me chercher et de m'étriper.

Ensuite, je m'enfuis. Je cours, je cours, je vole ! Je suis un oiseau, je suis un ange, libre comme l'air ! Essoufflée, j'arrive de justesse à prendre un car pour Paris. Il est vide, le chauffeur me regarde étrangement, mais ça va. Je me laisse tomber sur un siège. Le voyage se passe dans une sorte de déconnexion totale. Résultat : j'arrive devant la gare Paris Montparnasse sans trop comprendre comment j'ai fais. J'ai la gorge sèche, je marche comme si j'étais en transe parmi les différentes voies. Un gars derrière un guichet me demande ce que je veux. J'en ai aucune idée, alors je lui réponds qu'il n'a qu'à me donner le ticket qu'il veut. Le gars en question me rétorque avec un grand sourire qu'il ferait ça avec grand plaisir, si j'avais l'amabilité de lui donner mon identité. Connard. Je lui balance que je suis la fille du Président de la République et qu'il ferait mieux de me passer ce que je veux avant que j'appelle mon père.

Je sais pas s'il m'a cru. En tout cas il vient de fermer d'un coup sec sa mâchoire pour me passer un billet en grommelant. Les lettres « Cinderella » brillent dessus. Fascinée, je reprends ma marche, cherchant la voie où m'attend ce train. Je tourne à l'angle d'un couloir. Je le vois. Je crois bien que ma mâchoire vient de se décrocher. C'est le truc le plus énorme que j'ai jamais vu de ma vie ! J'ai l'impression que mon monde a arrêté de tourner.
Et puis mon portable vibre dans ma poche, manquant de me faire mourir d'une crise cardiaque.
Fébrilement je le cherche dans mon jean, jusqu'à réussir à le sortir de sa cachette. J'ai un nouveau message. « Maman ». Ouh là. Mes mains tremblent tellement que j'ai l'impression d'avoir chopé la maladie de Parkinson. Au secours. Help. Socorro ! Finalement je l'ouvre. Une seconde passe, mes yeux défilent sur les lignes du message, très vite. Une vague de soulagement me parcourt alors, de la racine de mes cheveux au bout de mes orteils. Le sms de ma mère est le plus court que j'ai jamais eu. Mais je crois que je n'ai jamais autant aimé ma mère qu'après la lecture de ce message. Julie. Prends bien soin de toi, mon amour.

Je me sens légère comme une plume. Encore plus que quand je me prenais pour un oiseau, tout à l'heure. J'avance vers l'entrée de ce drôle de train, la sangle de mon sac me rentre dans l'épaule. Je marche, je marche, et je me dis que si je continue ainsi, je vais finir par pénétrer dans le Cinderella pour de bon. Ça me fait sourire. Un drôle de petit sourire un peu bloqué. J'ai peur. D'un pas un peu timide, je pose un pied dans le premier wagon. Mon regard se promène dans la suite de compartiments s'offrant à moi, je me demande si je vais réussir à affronter tout ça. Et puis je pense au message de ma mère.

Et avec un soupir, je songe que décidément, je ne comprends absolument rien aux adultes.

Train Station ▼ A bord du Cinderella


Comment ? Il faut encore que je parle de moi ? Bon, puisqu'il le faut.

Alors, si je suis dans le Cinderella, c'est parce que... Parce que ce gars au guichet m'a filé ce billet au hasard en fait. Mais comme ça ne me plaît pas, l'idée qu'il soit à l'origine de ma vie d'aujourd'hui, disons plutôt que c'est parce que j'ai voulu m'échapper de ma vie. Elle m'étouffait je crois. Maintenant ça va mieux. Ce train, c'est un peu comme une maison géante. Je m'y sens vraiment bien. Forcément je pense à mon père, et à son journal, et à ses lunettes qui tombaient toujours sur son nez. Forcément je pense à ma mère, et à sa façon de se mouvoir, et à sa cigarette qui ne quittait jamais ses lèvres. Mais ici c'est différent. J'ai l'impression de vraiment pouvoir exister. Je suis toujours aussi peu sûre de moi, mais petit à petit, ça s'arrange. En faisant partie des Waiters, j'ai appris à m'affirmer. J'en ai besoin de toute façon, de cette fermeté. Parce que quand les First Class et les Second Class commencent à se battre, les Controllers ont parfois besoin de nous pour les aider à les remettre à leur place... Honnêtement, je crois que c'est la seule chose qui me déplaît dans ce train. Ces personnes qui décident parfois de foutre le bordel, en s'attaquant à une personne du camp adverse ou en déclenchant carrément de vraies batailles dans les compartiments. C'est un peu effrayant. D'un certain côté, je comprends les Second Class, parce que les First Class ont tout de même un petit quelque chose de fascinant, mais de là à vouloir les tuer. Non. Donc autant que possible, j'essaye de les calmer. Advienne que pourra.


Apparence

Couleur des yeux : des yeux noirs, très noirs.
Couleur des cheveux : bruns.
Taille : un petit mètre soixante.
Poids : aucune idée. Quarante-huit kilos peut-être.
Style vestimentaire : j'aime les vêtements amples. Robes, jupes, pulls ; l'important est que je puisse m'emmitoufler un minimum dedans et que ça ne me colle pas trop à la peau. Sinon, je porte plutôt des couleurs neutres, mais il m'arrive de choisir des habits très colorés pour changer. Je m'en fiche un peu.
Maîtrise

Animal/Arme/Talent : échange d'émotions.
Quoi qu'est-ce ? si, par exemple, j'ai en face deux moi deux personnes. L'une est heureuse, l'autre au bord de la crise de nerfs. Et bien je peux échanger les émotions de ces deux personnes. La première devient donc hystérique et l'autre voit la vie en rose. C'est aussi simple que cela, mais j'aime bien.
Maitrise : pour le moment je n'arrive à interchanger les émotions qu'entre deux ou trois personnes, et si je l'utilise à outrance je suis rapidement fatiguée... Je m'entraîne mais c'est assez difficile. Quoique, j'ai remarqué que quand je m'impliquais dans l'échange, j'arrivais plus facilement à contrôler mon don. Donc je dirais que ma maîtrise est moyenne.




Dernière édition par Julie O. Dasilva le Mar 17 Jan - 9:44, édité 2 fois



« Julie O. Dasilva »

Messages : 9

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MessageSujet: Re: "Et mes rêves s'accrochent à tes phalanges" ► Julie O. Dasilva Dim 15 Jan - 13:51

Re-bienvenue ^^
Jolie fiche

Je valide ton code.
Je te propose :
¤ Echange d'émotions
¤ Lévitation
¤ Silence (oblige les autres à se taire)

Voilà en espérant qu'il y en a un qui te plaise c'est la première fois que je fais ça ^^

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MessageSujet: Re: "Et mes rêves s'accrochent à tes phalanges" ► Julie O. Dasilva Lun 16 Jan - 4:00

Alors déjà merci pour le re-accueil.

Ensuite, est-ce que vous pourriez me donner des explications sur l'échange d'émotions ? Je voudrais être sûre d'en comprendre le principe.

Pardon, pour le dérangement.



« Julie O. Dasilva »

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MessageSujet: Re: "Et mes rêves s'accrochent à tes phalanges" ► Julie O. Dasilva Lun 16 Jan - 5:48

Coucou,

Alors je les ai pris dans la liste.
Ce que j'en ai compris, c'est que la personne qui contrôle ce pouvoir peut échanger les émotions entre deux personnes.
Ex : une est triste et l'autre joyeuse et bien la première va devenir joyeuse et l'autre triste.


Moi je l'ai compris comme cela. ^^
Voilà en espérant que c'est clair.

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MessageSujet: Re: "Et mes rêves s'accrochent à tes phalanges" ► Julie O. Dasilva Mar 17 Jan - 9:46

Hello-o !

Merci pour les précisions, c'était assez clair. J'ai donc choisi l'échange d'émotions, et ma fiche est normalement terminée. :3 ♥




« Julie O. Dasilva »

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MessageSujet: Re: "Et mes rêves s'accrochent à tes phalanges" ► Julie O. Dasilva Mer 18 Jan - 3:59

Coucou,

Pour moi tout est parfait donc je valide.
Juste ton personnage a été fait par Sawasawa, et est qu'il a un nom ?

Merci ^^

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MessageSujet: Re: "Et mes rêves s'accrochent à tes phalanges" ► Julie O. Dasilva Mer 18 Jan - 4:17

Hanw, merci *o* ♥

Pas de nom pour ce personnage, vu que c'est un original. /o/
(Et puis, si jamais ça peut vous être utile, la galerie est ici.)

Voilà voilà. *fuit*



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MessageSujet: Re: "Et mes rêves s'accrochent à tes phalanges" ► Julie O. Dasilva Mer 18 Jan - 9:27

Hello-ow et rebienv'nue! o/

Huhuhu, une collègue waiter avec qui il aurait bien des choses à dire~ A quand une rencontre du troisième type Julie/Amaz'? Cool
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MessageSujet: Re: "Et mes rêves s'accrochent à tes phalanges" ► Julie O. Dasilva Mer 18 Jan - 10:24

Oh yeah, thank you ! ♥

Quand tu veux, la rencontre du troisième type, ce serait drôle fu fu fu ! (Le jour où j'aurais posté mon Boarding pass & co. en fait ;^; )



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MessageSujet: Re: "Et mes rêves s'accrochent à tes phalanges" ► Julie O. Dasilva Mer 18 Jan - 10:32

Ok tout est en règle.
¤ Avatar recenser
¤ Talent recenser

Bon rpg

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MessageSujet: Re: "Et mes rêves s'accrochent à tes phalanges" ► Julie O. Dasilva Aujourd'hui à 5:28




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"Et mes rêves s'accrochent à tes phalanges" ► Julie O. Dasilva

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